Personnes, Politique

Nathalie Lasalle n’a plus confiance en Stéphane Maher «et sa clique»

Nathalie Lasalle a décidé de quitter l’équipe de Stéphane Maher et de siéger comme conseillère indépendante à la Ville de Saint-Jérôme.

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«Je n’ai plus aucune confiance en ces gens-là. Quand je me suis lancée en politique à leurs côtés en 2013, je croyais à leurs engagements de transparence et à leur désir de démocratie. Le parti a réussi à l’époque à réunir des gens de plusieurs tendances politiques et, au moins à ses débuts, à les faire travailler ensemble pour un idéal politique et le bien de Saint-Jérôme», dit-elle.

Aujourd’hui, elle considère que le maire a trahi toutes ces belles promesses. Elle affirme que le parti du maire est en fait contrôlé par une clique composée du maire lui-même, de son adjoint éxécutif Simon Geraghty et des conseillers Gilles Robert et Benoit Beaulieu. Les autres élus, quant à elle, ne font que «suivre la parade».

Elle a tenu une conférence de presse le matin du 8 mars, Journée internationale des femmes, une date que Mme Lasalle a spécialement choisie.

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Plusieurs reproches

Le bilan qu’elle fait du régime de Stéphane Maher n’est pas flatteur.

Elle lui reproche d’avoir muselé ses conseillers municipaux alors qu’elle affirme que le maire appuyait le candidat de la Coalition avenir Québec d’alors, Bruno Laroche, pour l’élection de décembre 2016.

Elle lui reproche, à lui et son adjoint Simon Geraghty, d’exercer un contrôle exagéré sur les communications, entre autres en interdisant aux conseillers d’aimer certaines personnes sur leurs pages Facebook personnelles.

Elle dénonce la façon détournée et hypocrite dont le maire a écarté les conseillers Mario Fauteux et André Marion du parti le jour même de la clôture des candidatures.

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Elle ajoute que le maire a ensuite concocté une parité homme-femmes au conseil municipal qui découle de la pure hypocrisie et qui est une insulte pour les femmes.

Récemment, la hausse de 20% des salaires des élus décidée par l’administration de Stéphane Maher a été la «goutte d’indécence» qui a fait déborder le vase. Mme LaSalle, certificat médical à l’appui, affirme qu’elle a raté l’assemblée où la hausse a été votée parce qu’elle était aux prises avec une infection liée à la bactérie C. difficile. «Je n’aurais pas appuyé cette hausse», dit-elle.

«Après s’être caché de la population pour éviter toute campagne électorale, après avoir tiré des ficelles pour éviter le moindre débat public, voici que Stéphane Maher voulait que je vote pour une hausse de salaire de 20% ? La réponse c’est non.»

«Ça fait maintenant quatre ans que ce conseil municipal écrase la moindre possibilité d’ajustement des budgets de fonctionnement de ses cadres, se vante qu’elle serre la vis aux fonctionnaires en leur disant de faire plus avec moins, et maintenant ils vont faire quoi? Se payer 20% plus cher, d’un seul coup sans explication sérieuse, en espérant que ce sera oublié aux prochaines élections? C’est indécent!»

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«Je ne suis pas contre le principe d’ajuster le salaire des élus. D’ailleurs nous avions parlé de cette possibilité à l’époque, avec Mario Fauteux, mais nous l’aurions fait en créant un comité qui aurait inclus des citoyens, parce que se voter soi-même des hausses, sans même en parler, je trouve ça inacceptable.»

«Je tiens à dire aux citoyens que peu importe mon salaire de conseillère, j’ai fait et je ferai toujours mon travail d’élue avec la même énergie et les mêmes efforts. Quand M. Maher laisse entendre qu’il fera une meilleure job s’il est mieux payé, ça n’a aucun sens.»

La mentalité de bunker

Mme LaSalle décrit l’entourage de Stéphane Maher, une «garde rapprochée» composée de Maher, Gilles Robert, Benoit Beaulieu et Simon Geraghty, comme une sorte de «bunker» qui s’invente des ennemis politiques et qui soigne jalousement l’image du maire tout en cherchant à contrôler toute l’information qui sort de l’hôtel de ville.

«Les conseillers qui ne disent pas oui-oui n’ont qu’à regarder le traitement imposé à Stéphanie Viens-Proulx et Colette Thibault, ou encore Mario Fauteux et André Marion, ou même Marc Bourcier, pour comprendre comment ce petit groupe fermé fonctionne», affirme Nathalie Lasalle.

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Le rôle «politique» de Simon Geraghty

La conseillère municipale questionne particulièrement le rôle joué par Simon Geraghty, dont les interventions de nature politique sont constantes alors qu’il est un haut fonctionnaire et non un employé politique à Saint-Jérôme. La loi prévoit que les maires peuvent avoir un chef de cabinet seulement dans une ville dont la population dépasse 100 000 personnes. Avec un peu plus de 75 000 de population, M. Geraghty est donc un adjoint éxécutif, ce qui devrait faire de lui un fonctionnaire comme les autres, selon Mme Lasalle.

Cet affichage Facebook, où Nathalie Lasalle parle de l’ouverture du Théâtre Gilles Vigneault et de la médaille de l’Assemblée nationale remise à Gaétane Léveillé, comportant une photo d’elle-même en compagnie de la ministre Marie Montpetit et de la conseillère Johanne Dicaire, lui a été reprochée par Simon Geraghty parce qu’elle «met en valeur nos ennemis politiques», lui a-t-il dit.

Mme LaSalle s’inquiète aussi du rôle que joue l’adjoint exécutif du maire, Simon Geraghty. «À part gérer la carrière politique du maire, diriger son parti politique et superviser sa page Facebook, je me demande bien ce que fait M. Geraghty pour les citoyens de Saint-Jérôme.»

«Je ne comprends pas comment il peut être un fonctionnaire quand il assiste aux rencontres du caucus, et rester ensuite avec les élus quand il fait clairement de la politique partisane. Je ne crois pas que ce soit normal qu’il porte deux chapeaux.»

La «parité» de Maher est une triste façade

«Aux dernières élections, après avoir ri de la démocratie en laissant tomber Mario Fauteux et André Marion à la dernière minute, il aurait voulu qu’on louange son sens de l’égalité pour avoir créé un conseil paritaire? Il voulait quoi, M. Maher? Qu’on fasse semblant?»

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«Je partage le sentiment de cette citoyenne qui est venue lui dire que sa petite manoeuvre était une insulte à toutes les femmes de Saint-Jérôme et d’ailleurs.»

«La vérité derrière cette parité, c’est qu’elle a été fabriquée de toutes pièces par Stéphane Maher, Gilles Robert, Benoit Beaulieu et Simon Geraghty, quatre hommes qui ont mijoté leur petite parité d’apparence sans même en parler aux deux femmes qui étaient leurs alliées politiques, moi-même et Johanne Dicaire.»

«Bâtir la parité sans en parler aux femmes, voilà leur style!»

«Nous avons appris le soir du 6 octobre qui étaient Sophie Saint-Gelais et Mylène Laframboise, quelques heures après qu’il aient dompé Fauteux et Marion», a conclu Nathalie LaSalle.

La «guerre» à Marc Bourcier

«En mai 2016, un collègue conseiller de notre équipe, Marc Bourcier, décide de se présenter comme candidat du Parti québécois de Saint-Jérôme en vue de l’élection partielle.»

«La haine du maire et de sa garde rapprochée s’est déchaînée. J’ai eu énormément de pression de la part du maire et de Simon Geraghty afin que l’on se distancie de leur nouvel ennemi – Marc Bourcier – et qu’on ne participe pas à la campagne électorale provinciale, pendant que Maher était constamment vu et photographié avec le candidat adverse, son bon ami, Bruno Laroche de la CAQ.»

«À la fin de la campagne électorale en novembre 2016, Mario Fauteux et moi sommes apparus sur une photo avec Marc Bourcier, photo qui a paru dans les journaux locaux. Le maire me l’a toujours reproché.»

«Dès ce moment-là, ce n’était que reproches et réflexions sur les méchants péquistes

«Les réunions sont devenues pénibles. La pression montait régulièrement, ainsi que la haine contre Marc Bourcier et le Parti québécois, alors que nous  sommes sur la scène municipale.»

«Il ne fallait plus parler ou être vu en public avec les gens de l’entourage de Marc Bourcier. Ils nous questionnaient constamment sur ce qui se passait ou ce que l’équipe de Bourcier mijotait supposément contre eux. Ils m’ont reproché à maintes reprises de travailler à monter un autre parti politique municipal contre Vision St-Jérôme, ce qui est faux.»

«Je l’ai d’ailleurs dit au maire, mais cela n’a pas suffi à arrêter ses allusions et sa hargne. Vers la fin d’août ou début septembre 2017, le maire m’a fait venir à son bureau avec André Marion. Il nous a parlé de diverses choses et il nous a ordonné de ne plus faire des like sur Facebook  à diverses personnes qu’il considérait comme nos ennemis, dont tous les péquistes reconnus dans le comté. De plus, il nous a fait mention qu’il faisait surveiller nos Facebook personnels, afin de s’assurer que son image et son message passe bien. Il imposait ses idées et s’assurait de minimiser les nôtres.»

«Je ne le crois plus»

La conseillère Lasalle n’a plus confiance en la parole du maire et affirme que ses véritables intentions sont loin de ses belles paroles publiques. «Le maire parle de collaborer avec le député Marc Bourcier sur la place publique, pour le bien de Saint-Jérôme, mais derrière des portes closes, il rigole en tentant de le ridiculiser, et dit à tous ses conseillers de ne pas s’en faire, que Bourcier ne sera plus là dans huit mois», dit-elle.

«Pour moi, c’est un manque de respect et une conduite indigne de la fonction d’un maire. Les gens ont le droit d’avoir des désaccords mais quand un homme public parle de cette façon, on se demande comment il peut prétendre représenter les gens de Saint-Jérôme.»

Et maintenant

«Pour moi, rien ne change. Je vais jouer mon rôle et représenter les gens de mon quartier. Je vais voter en faveur de toute décision qui me semble servir les intérêts des gens de Saint-Jérôme et les électeurs de mon quartier. Je vais rester disponible, être à l’écoute des mes concitoyens et faire mon devoir.»

«Mais je vais poser beaucoup plus de questions. Et je vais dire ce que je pense.»

Mme Lasalle avait informé le maire Stéphane Maher de sa décision quelques minutes avant de faire son annonce publique. Joint par TopoLocal, le maire Maher nous a informé qu’il n’avait pas de commentaire à formuler. «Pas aujourd’hui», précise-t-il. Nous avons demandé au maire s’il songeait à retirer à Nathalie Lasalle ses responsabilités de mandataire et de diverses commissions du conseil, comme il l’a fait dans le passé avec des conseillères qui n’étaient pas membres de son parti. Il nous a également dit qu’il ne ferait pas de commentaire sur cette éventualité.

On a obtenu plus tard un commentaire officiel du bureau du maire, qui se lisait ainsi: «Nous respectons la décision de Mme Lasalle. Le travail d’équipe en politique est un défi constant. Nous souhaitons pouvoir continuer à collaborer dans le meilleur intérêt des Jérômiens. Ma porte demeurera toujours ouverte.»

Mme LaSalle est conseillère municipale depuis 2013 et est mandataire de la Commission sur la vie communautaire. Elle est membre de la commission spéciale sur le cannabis et vice-présidente du conseil d’administration de l’Office municipal d’habitation de Saint-Jérôme.

Croyez-vous que M. Maher va vous retirer la présidence de la commission que vous dirigez actuellement et vous rayer de la liste de tous les comités, a demandé TopoLocal. «On verra bien. C’est sa décision, et il devra en répondre. J’ai obtenu autour de 800 voix aux dernières élections. C’est 800 de plus que lui….»

 

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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