Élections, Politique

Le conseiller municipal Mario Fauteux accuse le maire Stéphane Maher de l’avoir piégé

Mario Fauteux affirme que le maire de Saint-Jérôme Stéphane Maher a invoqué le danger d’être éclaboussé par les liens passés de Fauteux avec l’ex-maire Marc Gascon pour l’exclure de son parti politique.

En entrevue avec TopoLocal le 16 octobre, Stéphane Maher avait d’abord expliqué l’exclusion de Fauteux, qui pensait être reconduit comme candidat pour un poste de conseiller municipal, par le désir de présenter une équipe ayant un nombre égal d’hommes et de femmes. À la suite des déclarations de Fauteux du 27 octobre, il nous a confirmé que les liens de M. Fauteux avec l’organisation de l’ex-maire Gascon étaient le véritable enjeu.

«Évidemment, on laisse le BIPA faire son travail, mais il est clair que dans les prochaines mois, M. Fauteux devra expliquer ses agissements à titre d’organisateur de Marc Gascon en 2001. Nous l’avons donc prié de se rendre rencontrer le Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative(BIPA) quand nous lui avons annoncé la décision de l’exclure», a dit M. Maher.

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«On a aussi voulu lui laisser la possibilité de se présenter comme indépendant, poursuit le maire. Il avait amplement le temps de récolter 25 signatures.»

Fauteux s’inscrit en faux

Pour Mario Fauteux, tout le processus était préparé d’avance par le maire Maher pour le faire disparaître de la course électorale, incluant le fait d’attendre à la date limite du dépôt des candidatures.

Les motifs du maire, soit de présenter une équipe composée d’un nombre égal d’hommes et de femmes, sont tout aussi cousus de fil blanc, affirme M. Fauteux. Le maire, à son avis, voulait tout simplement s’entourer de conseillers plus obéissants et exclure les sympathisants du Parti québécois qui avaient visiblement appuyé le député Marc Bourcier alors que Maher avait exprimé plus d’affinités pour le programme de la Coalition avenir Québec et de son candidat Bruno Laroche.

Une déclaration publique

Avec beaucoup d’émotion, interrompant ses paroles de temps à autre pour laisser sa conjointe poursuivre la lecture de sa déclaration, Mario Fauteux a pris la parole devant une poignée de journalistes.

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Il a d’abord rappelé le retrait de sa candidature le vendredi 6 octobre, qui a soulevé beaucoup de questions de la part des médias, de ses concitoyens, et de plusieurs de ses amis. «Ce jour-là, il s’est passé quelque chose de grave. Je vais vous dévoiler ce qui se cache derrière mon exclusion subite comme conseiller de Bellefeuille.»

Il a expliqué qu’il s’attendait à être de retour au sein de l’équipe Maher même s’il était en désaccord avec la stratégie de l’équipe de rester silencieuse jusqu’à la date limite des candidatures. Une stratégie, selon Fauteux, qui découlait du désir de l’équipe d’être réélue sans opposition.

«J’ai été surpris»

«Lors de notre rencontre le matin prévu du dépôt des candidatures, j’ai été surpris. Il était accompagné de Gilles Robert et de Benoit Beaulieu qui étaient là à sa demande. Il m’a alors fait savoir que l’enquête sur l’administration Gascon est terminée. Là, ç’a été un feu nourri d’histoires tournant autour de Marc Gascon, en voulant m’interpeller par association.»

Le maire lui explique alors qu’il s’attendait à ce que des accusations soient portées et que l’affaire soit médiatisée. Maher aurait affirmé, selon Fauteux, qu’il n’irait pas le défendre, même s’il n’avait rien fait.

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«J’étais démoli, et considérant ce qu’il venait de me dire, je lui ai demandé: ”Pourquoi gardes-tu Benoit Delage et Bernard Bougie dans ton équipe?”, d’ajouter Fauteux. Ils étaient conseillers municipaux dans l’équipe de Gascon de 2005 à 2013… Je n’ai jamais eu de réponse.»

L’élection de 2001

Mario Fauteux reconnaît avoir participé à la campagne électorale de l’ex-maire Gascon en 2001. Il affirme qu’il n’a rien à se reprocher puisqu’il ne participait à l’organisation que sur le terrain.

«On va mettre ça clair. Il y a eu une enquête en 2002, par Me Gaétan Boivin, qui a déclaré l’élection légale sans autre prétention. C’est un fait connu, qui l’était par le maire en 2013, nous en avions d’ailleurs discuté.»

«Je m’occupais des soldats pendant la campagne. Par la suite, je n’ai jamais été dans l’administration du maire. Je n’ai jamais participé à des caucus, jamais participé ou adopté des résolutions pour des contrats que la Ville a accordés à cette époque-là. Alors que les conseillers municipaux y étaient. Moi je dis pourquoi garder ces deux messieurs et moi, me mettre à la porte?»

Des offres de postes

«Je me suis donc senti très intimidé pendant cette rencontre, et surtout piégé par le maire.»

«Alors qu’il m’exclut de son parti, il me dit qu’il a 2-3 postes prestigieux à m’offrir. Je suis sous le choc. S’il me juge non fréquentable, pourquoi m’offre-t-il une position à la MRC?»

Selon les allégations de M. Fauteux, le maire lui a dit que deux communiqués seraient émis. Un premier disant qu’il avait laissé sa place pour favoriser la parité, et un second concernant les enquêtes touchant l’ex-maire Gascon.

«Il m’a fait vraiment peur avec toutes ses histoires, et j’ai alors décidé d’essayer de sauver ma réputation en préparant un communiqué annonçant que je quittais pour relever d’autres défis.» [M. Fauteux avait initialement transmis ce communiqué aux journaux et en avait publié une bonne partie sur sa page Facebook, pour le retirer par la suite.]

«Vous comprendrez que ça s’est fait dans un contexte excessivement difficile. Après 40 ans de vie politique, finir de cette façon-là, c’est dur à prendre. Ça fait mal.»

«J’ai dit à Maher: ”Mais tu as attendu à la dernière minute.” Il m’a répondu oui, absolument, et a ajouté qu’il l’avait fait volontairement.»

M. Fauteux affirme aussi que le maire avait préparé en catimini les candidatures de Mylène Laframboise et Sophie St-Gelais, deux nouvelles candidates dont la plupart des conseillers de l’équipe Maher n’avaient jamais entendu parler, pour combler les sièges qu’il a retiré à lui et son collègue André Marion, lui aussi expulsé du parti du maire.

«Ces deux personnes n’ont jamais participé à aucune rencontre de l’organisation du parti. À mon âge, je n’ai pas le goût de subir une campagne de salissage gratuite. Je suis reconnu pour être un gars d’idées, et je veux qu’il en soit ainsi», dit Mario Fauteux.

Pourquoi ne pas se porter candidat indépendant?

Nous avons demandé à M. Fauteux pourquoi il n’avait pas décidé ce jour-là de se porter candidat indépendant. «Rendu à cette étape, à quelques jours du vote par anticipation, sans affiches, sans organisation autonome, ç’aurait été un défi impossible de mener une campagne. J’avoue aussi que j’ai été tellement désemparé par cette façon de faire que j’en ai perdu mes moyens quelques jours», a-t-il répondu.

«Pourquoi après tout le travail que j’ai fait au cours des quatre dernières années, on me lance un ultimatum aussi bien orchestré pour que je quitte?»

«Pourquoi s’attaquer à ma réputation et en même temps m’offrir une job? Pour me piéger? L’éthique municipale s’en trouve-t-elle affaiblie? S’agit-il d’une entrave à la démocratie?»

«Il faut bien comprendre ce qui s’est passé. En agissant comme si c’était nous, M. Marion et moi, qui allions nous présenter, il a changé la donne. Michel Deschênes, l’ancien conseiller municipal du quartier, m’a appelé pour me dire à quel point il avait été surpris, il m’a aussi affirmé que s’il avait su que je ne me présentais pas, il se serait présenté.»

«On est très loin des valeurs de Vision Saint-Jérôme, qui parlait de transparence et d’intégrité, qui m’ont incité à me présenter dans ce parti», a-t-il conclu.  Cette élection-là, j’appelle ça l’élection de la cachette.

Des recours

«Je suis surpris et très étonné que le maire utilise des informations sensibles pour m’intimider et m’expulser pour ensuite essayer de m’offrir un poste pour acheter mon silence. Les enquêtes du BIPA et de l’Unité permanente anti corruption(UPAC) sont censées être secrètes», a-t-il ajouté, rappelant que le maire Maher avait insisté pour dire que le BIPA était indépendant de l’administration municipale.

«Pourquoi les conseillers Gilles Robert et Benoit Beaulieu étaient-ils présents dans le bureau du maire pour cette rencontre? Maintenant qu’ils sont témoins, je vais leur demander d’agir en témoins…»

Quant à savoir s’il compte exercer des recours à l’endroit de son ancien parti, Fauteux affirme qu’il déposera le compte rendu et la documentation de la journée du 6 octobre aux «autorités compétentes».

«Voilà pour l’histoire. À partir de maintenant, je reprends le contrôle de ma vie politique, professionnelle et personnelle», a-t-il conclu.

Le choix des électeurs

Les électeurs du quartier de M. Fauteux, le district 10, auront le choix de voter pour le candidat indépendant Réal Fréchette, qui milite pour la conservation d’un boisé et d’une cascade situés à proximité du boulevard La Salette, et Janice Bélair Rolland, ex-candidate du Parti libéral du Canada en 2015 qui fait maintenant partie de l’équipe Stéphane Maher, déjà pressentie en février.

Réal Fréchette a affirmé qu’il jugeait que le maire Maher a été «cheap» dans sa façon d’exclure M. Fauteux. «J’étais opposé à M. Fauteux sur quelques idées, mais il n’a jamais cherché à se défiler», de dire Fréchette.

Quant à la candidate de l’équipe Stéphane Maher, Janice Bélair Rolland, il nous a été impossible de la rejoindre. Mme Bélair Rolland est présentement en deuil de son père et a suspendu momentanément toute activité politique.

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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