Politique, Reportages

Les raisons du maire de Saint-Jérôme pour augmenter les salaires des élus

Les conseillers municipaux et le maire de Saint-Jérôme ont posé pour quelques photos avant la séance du conseil municipal du 20 février 2018.

Les élus de la Ville de Saint-Jérôme ont voté une augmentation d’au moins 20% de leur rémunération, comme prévu, le 20 février 2018. Trois conseillers municipaux étaient absents.

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Une situation tout à fait normale pour un conseil municipal souverain, à qui les citoyens ont délégué les pouvoirs d’administration de la municipalité. Certains ont été élus lors d’un vote organisé le 5 novembre 2017.

D’autres, dont le maire, étaient les seuls candidats à avoir déposé un bulletin de candidature dans les délais requis lors de la dernière élection.

Le moment où les élus ont approuvé à l’unanimité l’augmentation de leur salaire:

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Les raisons de cette augmentation

Alors qu’on s’apprêtait à commencer la séance du conseil municipal du 20 février 2018, devant une centaine de personnes assises, le maire de Saint-Jérôme a parlé pendant dix minutes de l’augmentation de rémunération que lui et douze conseillers devaient approuver plus tard en soirée. Il n’avait pas été fait mention de cette hausse sur sa page Facebook ou celle de la Ville de Saint-Jérôme, ni dans un communiqué du Service des communications.

Les raisons évoquées par le maire pour cette augmentation ont été nombreuses et il nous apparaît justifié de décrire ces arguments pour permettre aux citoyens de comprendre ce qui motive l’équipe de Stéphane Maher quand elle décide de s’allouer des montants plus élevés pour accomplir sa mission de servir les citoyens de Saint-Jérôme.

La première raison évoquée pour cette augmentation par le maire, publiée dans notre texte du 4 février, était la suivante, transmise par écrit:

«Cette décision est le reflet de la charge de travail, des exigences et des responsabilités qui incombent aux élus dans une ville de la taille de Saint-Jérôme. Le conseil municipal a choisi d’ajuster la rémunération du maire à la grille salariale des hauts fonctionnaires. Suite à la réduction du nombre d’élus en 2012 et à la croissance constante de la population, nous tenons à rappeler que chaque conseiller et conseillère représente actuellement plus de 6 000 citoyens.»

Services locaux

Dans les lignes qui suivent, toutes les interventions entre guillemets sont de Stéphane Maher, maire de Saint-Jérôme. Elles sont tirées de la vidéo de 10 minutes tournée le 20 février.

«L’impôt vient chercher de l’argent à la classe moyenne et qui paye encore? C’est les villes.»

D’entrée de jeu, le maire a expliqué que puisque les conseillers devaient désormais payer de l’impôt sur une allocation qui n’était pas imposable, leur salaire méritait d’être ajusté, puisqu’ils sont dans la classe moyenne.

Leur compensation pour cet emploi à temps partiel – ils font tous partie de l’Équipe Stéphane Maher et sont tous mandataires d’une commission – est désormais de 46 923$(22 000$ en salaire, 9 282$ pour être mandataire d’une commission et 15 641$ d’allocation pour payer des dépenses, qui deviendra imposable).

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Classe moyenne, vous dites?

Parmi les quelque 100 000 personnes qui ont encaissé un revenu en 2015 dans la MRC Rivière-du-Nord, il y en a au moins 50 000 qui ont gagné plus de 32 698$ et autant qui ont gagné moins. Difficile de faire entrer les conseillers municipaux dans la classe moyenne avec un surplus de 14 000$ par rapport au revenu médian, environ une fois et demie, sans compter leurs autres revenus, d’emploi ou de rentes et ceux provenant d’autres personnes de leur ménage.

Un maire qui n’aime pas payer plus de cotisations

Après 2 minutes 25 secondes, on peut donc penser que c’est pour empêcher que leur salaire passé descende que les conseillers municipaux ont décidé de voter pour cette augmentation.

Le maire sera épargné… pour l’instant, dit-il, mais «ils vont [le] ramasser l’année prochaine». «Au net, il va peut-être me rester 4-5000$», ajoute M. Maher en parlant de son augmentation. On a visiblement affaire à une personne qui n’aime pas augmenter ses contributions au gouvernement, quel qu’en soit le palier.

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Ensuite, il a dit qu’il terminerait son discours là-dessus, en parlant qu’il ne fallait jamais avoir un conseil municipal à rabais. Il a parlé du «grand malheur» du municipal, qui offre un fonds de pension moins avantageux pour ses élus que les députés provinciaux et fédéraux.

«Si on veut des vrais gestionnaires, ça prend des gens comme moi. Pas plus fin qu’un autre…»

Après avoir parlé du malheur du municipal, il a ensuite parlé du «grand problème» du municipal. Il a évoqué le manque de courage potentiel de maires qui sont des retraités avec une sécurité financière, qui renonceraient à affronter une négociation de convention collective difficile et achèteraient la paix en faisant des concessions qui ne sont pas saines pour les finances publiques, au lieu de rendre réellement service aux citoyens.

Ce n’est pas le cas à Saint-Jérôme, dit le maire. Du moins pas pour lui et certains de ses collègues, ajoute-t-il. Il cite en exemple la situation des États-Unis, où, selon lui, c’est le 1% des plus riches qui gère la société. Il se présente donc comme un vrai gestionnaire, qui est obligé de performer et qui travaille pour le citoyen parce que son revenu n’est pas garanti.

Services locaux

Comme tous les élus municipaux, il est théoriquement soumis à un vote une fois aux quatre ans, ce qui lui garantit un salaire au moins pour cette période.

Selon des données de 2014 compilées en 2017, une personne qui gagne 61 200$ après impôt au Québec fait partie du 10% des personnes avec les plus gros revenus. Ces personnes se partagent 25% de tous les revenus enregistrés au Québec. Avec son salaire de 142 875$, toutes autres sommes exclues, le maire de Saint-Jérôme, même s’il paye 50% d’impôts, se qualifie largement pour faire partie du groupe des riches.

Pas d’autre plan que de devenir maire en 2013

Le maire de Saint-Jérôme a ensuite raconté comment il n’avait pas d’autre plan que de devenir le maire de Saint-Jérôme en 2013 puisqu’il a abandonné un emploi payant sans connaître l’avenir. Il a décidé de se tenir deboutte et de protéger les revenus de ses collègues conseillers et conseillères, qui resteront les mêmes alors qu’ils paieront plus d’impôts au final. Et son salaire à lui augmente pour être au niveau d’un directeur général adjoint de la Ville, l’argument qu’il avait évoqué au départ.

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«Un bon conseiller municipal, ça n’a pas de prix»

«Il s’est mis au bat.» Il a parlé du travail qu’il mène actuellement, espérant récupérer 8 M$ par année de la part de Québec pour rétablir un déséquilibre financier avec les villes qui prennent des services de la Sûreté du Québec au lieu d’administrer un service de police local. Il affirme que la situation a coûté de 50 à 60 M$ à ce jour et qu’il avait l’intention de le récupérer.

Ce qui lui a fait dire, en guise de conclusion: «Ce soir vous avez un conseil municipal qui se bat, qui va aller chercher l’argent, pis c’est de même qu’on gère.»

«Il n’est pas fâché», a-t-il dit après avoir pris une gorgée d’eau. Il a dit qu’il était fâché après le fédéral et le provincial qui vient en chercher dans nos poches. Si le combat que le maire dit mener pour les citoyens de Saint-Jérôme est gagné, quelques dizaines de millions de ces dollars pris dans les poches des citoyens reviendront de Québec pour combler le sous-financement du service de police local.

Une heure plus tard, on a passé au vote. La décision a été unanime, les 9 conseillers municipaux présents n’ont émis aucune réserve quant à la manière ou aux montants déterminés pour l’augmentation de la rémunération des élus. Il n’y a pas eu d’applaudissements.

C’est ainsi que s’est opérée la démocratie au conseil municipal de Saint-Jérôme, un mardi soir de février.

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