Élections, Personnes, Politique

André Marion raconte son exclusion des élections et du conseil municipal de Saint-Jérôme

André Marion, Mario Fauteux et Gilles Robert lors d'une assemblée du conseil municipal à Saint-Jérôme, le 25 août 2015.

André Marion, comme ce fut le cas pour son ancien collègue au conseil municipal Mario Fauteux, allègue que le maire de Saint-Jérôme lui aurait montré la porte du conseil municipal tout en lui offrant du travail pour compenser la perte de son poste. Resté muet sur les circonstances de son départ depuis le 6 octobre, M. Marion a rencontré TopoLocal le jeudi 9 novembre.

Élu en 2013, André Marion était conseiller municipal à Saint-Jérôme depuis quatre ans. Il affirme que c’est contre son gré qu’il n’était pas candidat aux élections du 5 novembre dernier.  Il blâme le maire Stéphane Maher.

Lors de notre entrevue, il a affirmé qu’il était «fier du premier mandat de Vision Saint-Jérôme», le parti politique dont il faisait partie aux côtés du maire Stéphane Maher.

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Mais le 6 octobre, à quelques heures de la limite du dépôt des candidatures, dans une rencontre avec le maire réélu Stéphane Maher et les conseillers Gilles Robert et Benoit Beaulieu, il a appris que le maire avait décidé d’exclure sa candidature de son parti.

La parité: «Un prétexte», selon Marion

Le maire, selon André Marion, a dit qu’il souhaitait la parité hommes-femmes au sein du conseil. «Je ne crois pas du tout à la sincérité de ce soudain désir de parité de la part de M. Maher, dit André Marion. Dès le printemps 2017, il avait choisi d’ajouter un homme et deux femmes à son équipe. Pourquoi a-t-il inclus Érik Bak, un homme, à ce moment-là? S’il avait été sérieux dans son souci de parité, il aurait dès lors recruté trois femmes.»

Marion attribue plutôt son exclusion au fait qu’il ait parfois exprimé des désaccords avec certaines idées du maire et au fait qu’il a appuyé l’ex-conseiller Marc Bourcier dans sa campagne pour devenir député de Saint-Jérôme, se retrouvant dans un groupe d’ennemis que le maire, selon lui, s’est inventé.

M. Marion affirme que depuis la candidature de Marc Bourcier, qui a quitté le conseil municipal pour devenir député de Saint-Jérôme, le maire a choisi de traiter certaines personnes comme des adversaires, notamment lui-même et son collègue Mario Fauteux.

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L’anti-campagne

André Marion affirme d’emblée qu’il fait partie de ceux qui n’étaient pas à l’aise avec la stratégie d’anti-campagne électorale de Vision Saint-Jérôme, qui visait que le conseil soit élu sans opposition.  Néanmoins, il a respecté la stratégie d’équipe, qui allait jusqu’à une consigne de ne pas prendre la parole à la fin des assemblées du conseil dans les mois précédant les élections.

«Le mois avant la campagne, M. Maher, très préoccupé par sa réélection et son ambition de ne pas avoir d’opposition au sein du conseil, nous réunissait régulièrement pour ajuster le plan de match», dit M. Marion.

«Le matériel publicitaire ne devait se déployer qu’à la dernière minute. Nous avons été invités à une rencontre pour les photos d’usage le 30 août. Le maire m’a dit qu’on ne ferait pas de photo de groupe…»

«Le 2 octobre, tel que demandé, nous lui remettions nos listes [de signatures pour le dépôt des candidatures à l’élection]. Je ne me suis jamais douté une seconde que je serais éjecté. J’avais envisagé, bien sûr, la possibilité que personne ne se présenterait contre moi, et que je serais élu par acclamation. Mais dans les faits c’est une nouvelle venue, Sophie Saint-Gelais, qui a été élue sans se faire connaître et sans faire de campagne. Elle était peu connue des citoyens et peu connue également de la plupart des autres conseillers.»

L’attitude du maire Stéphane Maher, dans cette affaire, selon M. Marion,  n’est pas digne d’un premier magistrat. «Par cette façon d’agir, il s’en prend directement à l’exercice de la démocratie.»

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Une manoeuvre «honteuse»

André Marion affirme que c’est une manoeuvre «honteuse» de la part du maire de le dissuader ainsi, à la toute dernière minute, de poser sa candidature.

«Après m’avoir annoncé que je ne faisais plus partie de son équipe, il me propose un emploi, affirme M. Marion. Il s’agit d’un poste de directeur général d’un OBNL qui sera créé et financé en bonne partie par la Ville, la corporation du Quartier des Arts et du Savoir.»

«M. Maher sait alors qu’en me privant du poste de conseiller, il me prive d’un revenu qui, pour les 4 ans à venir,  peut atteindre 150 000$. Il connaît ma situation personnelle et sait aussi que j’ai besoin de ce revenu. C’est carrément de l’intimidation.»

Marion affirme qu’il ne croit pas du tout à la sincérité de l’offre que lui fait alors le maire. «Il va jusqu’à me demander combien de salaire je veux et combien d’heures je veux travailler par semaine. Il me répète à trois reprises qu’il ne me laissera pas tomber, mais comment croire un homme qui vient de te laisser tomber de très haut!»

André Marion en compagnie de Stéphane Maher et Gilles Robert à une époque où l’harmonie régnait. (Photo tirée de la page Facebook de M. Marion)

Une plainte au Directeur général des élections

M. Marion annonce qu’il portera plainte au Directeur général des élections du Québec, puisqu’il juge que la conduite du maire fait entrave à la démocratie.

Un cauchemar…

La voix parfois brisée par l’émotion, André Marion a raconté en détail à TopoLocal sa rencontre du 6 octobre avec ceux qu’il considérait encore, ce matin-là, comme le chef de son équipe et deux de ses collègues.

«Je dois dire que si je n’en ai pas parlé avant aujourd’hui, c’est que j’ai été complètement jeté par terre par cette rencontre. J’estime avoir été victime d’intimidation et de violence psychologique.»

«Cette rencontre ne devait être qu’une formalité. J’avais obtenu de le part de citoyens une quarantaine de signatures appuyant ma candidature. M. Maher devait me remettre un formulaire signé et je n’avais qu’à me rendre par la suite chez la directrice d’élection pour lui remettre ma candidature. Ce qui ne devait qu’être une formalité fut un cauchemar que je ne cesse de revivre dans ma tête jour et nuit.»

«Je suis sorti de son bureau vers 10h15. C’était clairement une stratégie pour que je ne puisse, une fois au plancher, me relever, ramasser 25 autres signatures et me présenter comme indépendant. On ne fait pas un tel choix en quelques minutes. De plus, je savais que l’équipe Maher était très forte puisque j’avais contribué à son succès.»

Pourtant quelques jours avant l’événement, il avait écrit à Stéphane Maher, ajoutant à la fin de son message qu’il lui faisait confiance.

André Marion affirme clairement que son désir le plus cher était de s’acquitter honorablement de ses responsabilités d’élu municipal. «J’ai fait de mon mieux pour servir ma ville et mon parti de façon dévouée», a dit André Marion lors de sa rencontre avec TopoLocal.

Au cours de son mandat, Marion a été membre du comité exécutif, président de la commission culturelle, président du comité de toponymie, vice-président de la commission de la voirie et des travaux publics, membre de la commission de l’urbanisme, vice-président du comité de retraite des policiers, et vice-président du comité de retraite des employés. Il a aussi représenté la ville sur deux conseils d’administration, dont celui de Tourisme Laurentides et le Réseau les Arts et la Ville.

Aux élections de 2013, André Marion faisait partie de l’équipe de Stéphane Maher. Le parti de Stéphane Maher le considérait comme un ajout de grande valeur à son équipe, et lui confiait le siège prévu pour le chef et fondateur du parti Andrew Hattem. Sa candidature avait été annoncée six mois avant l’élection.

Vision reste muet

Du côté du parti de Stéphane Maher, le maire n’a pas encore donné suite aux messages répétés de TopoLocal l’invitant à s’exprimer sur la situation.

TopoLocal a joint quelques conseillers municipaux qui ont chois de ne pas commenter la situation.

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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