Vision Saint-Jérôme, après 15 mois au pouvoir
Un peu plus d’un an après son élection au titre de maire de Saint-Jérôme, TopoLocal a rencontré Stéphane Maher pour faire le bilan de sa première année au pouvoir et regarder vers l’avenir.
Dans ce dossier en quatre parties, nous vous présentons:
- Stéphane Maher, de l’école Saint-Joseph à l’Hôtel de ville
- Le défi économique de Saint-Jérôme
- Vision Saint-Jérôme, après 15 mois au pouvoir
- Un nouveau centre-ville pour Saint-Jérôme
TopoLocal: M. Maher, vous et votre parti (Vision Saint-Jérôme) êtes au pouvoir à l’Hôtel de ville depuis 15 mois. Votre brochure électorale était intitulée «Faut que ça change!»
D’où notre première question: selon vous, qu’est-ce qui a changé?
«Qu’est-ce qui a changé? La fierté! On a prouvé aux gens qu'on peut prendre le contrôle et réaliser des choses. On a présenté un premier budget l'an dernier qui gelait les taxes et on a fait la même chose pour 2015. On a aussi montré qu'en créant un dialogue, le projet d’aréna, qui s'en allait directement dans le mur, va se réaliser! Ajoutons la salle de spectacles, un projet qui, je le reconnais, était là avant nous, et les gens disent: "On y croit". Les gens sont redevenus fiers.»
TopoLocal: L’un des premiers articles du programme de votre parti visait à encourager les membres du conseil à voter librement dans le but de favoriser une plus grande démocratie. Pourtant, dès les premières semaines de votre arrivée au pouvoir, vous les avez mises à l’écart…
«Mises à l’écart? Elles ne le sont pas! M. Bougie qui était un candidat de l’opposition travaille avec nous, et Mme Thibault était vice-présidente d’une commission au tout début. Mais lorsque le politique nuit à la gouvernance, il y a des limites. Dès le début, on a jugé que l’objectif premier de Mme Proulx était de faire de la politique.
Mme Proulx a accès à tout. Il y a bien eu l’histoire de l’accès aux procès-verbaux des commissions, mais ce ne sont même pas des instances décisionnelles. Pour le reste, elles ont toutes les informations, comme tous les autres élus.
Pourquoi ne pas tout simplement leur donner? On l’a fait au début, mais ça nuisait à la gouvernance. Les commissions ne finissaient plus, ça n’avançait plus, c’était une recherche constante de théories de complot. Les caucus n’avançaient plus. D’ailleurs, elles ont leur propre plénière, avant les séances du conseil.
Elles disposent de 4 heures et demie de temps, et elles ont accès à tous les fonctionnaires, et elles ne sont que deux. Cette rencontre se tient les lundis après-midis avant le conseil, alors que le reste de notre groupe a la même sorte de rencontre le lundi soir, mais nous sommes dix autour de la table. Elle ont donc plus de temps que chacun des élus de Vision.»
- Depuis l'entrevue, le climat politique semble s'être apaisé avec les élues qui n'étaient pas de Vision Saint-Jérôme à l'élection. Colette Thibault a quitté le parti politique de Martin Pigeon et Mme Viens-Proulx dit qu'elle est prête à travailler avec tout le monde.
TopoLocal: Est-ce une priorité pour vous de créer de la paix autour de la table? Vous construisez des murs autour d’elles ou vous tendez la perche? Ou un mélange des deux?
«Ni l’un ni l’autre. De toute façon, on a déjà tendu la main. Prenons le cas de Mme Proulx, qui m’a accusé de harcèlement psychologique. C’est une accusation grave que j’ai prise très au sérieux, parce que je crois beaucoup aux discussions respectueuses. Après des accusations du genre, c’est pas facile de se retrouver ensuite autour de la même table. Ce n’est pas un geste qui encourage les débats. (Les accusations ont été jugées non fondées.)
Nous lui avons donc accordé tout l’accès à l’information, dans son propre univers. Au fond, elle a son propre univers parallèle. La ligne est dure, j’en conviens, mais je tiens la ligne aussi dure avec nos fonctionnaires, avec moi-même, avec les membres de mon parti. C’est pour cela que j’ai été élu.»
TopoLocal: La diffusion web des assemblées du conseil, ça va se faire?
«Sûr que ça va se faire, mais ça se fera au nouvel Hôtel de ville, parce que ça engendrerait des coûts inutiles. On a commencé par régler le cas de la salle du conseil, et je crois qu’on est déjà mieux installés maintenant. Mais le reste viendra avec le nouvel édifice. Quoique on fera possiblement des tests d’ici là.»
TopoLocal: Puisqu’on en parle, quelle est l’échéance prévue pour le nouvel Hôtel de Ville?
«Compte tenu de notre bail actuel, nous serons installés dans un nouvel édifice en 2017. C’est alors qu’on sera complètement installés pour diffuser sur Internet. Faut aller là!»
TopoLocal: Votre programme politique parlait d’un vérificateur général pour la ville, où en êtes-vous?
«C'est un dossier intéressant. On hésite présentement entre créer un poste de vérificateur général ou encore le modèle de Laval qui s'est donné un bureau de la gouvernance. C'est un grand débat qu'on a présentement. La commission des Finances se penche là-dessus. Ce n'est pas prévu dans le budget 2015, mais ce sera fait dans notre mandat actuel. On a voulu économiser la dépense à court terme mais il va falloir mettre cette structure en place. C'est fondamental. Ça prend un pare-feu.»
TopoLocal: L’administration qui vous a précédé à irrité plusieurs personnes en émettant des avis d’infraction à de nombreux citoyens dont les gouttières n‘étaient pas conformes parce qu’elles retournent l’eau vers les égouts de la ville. Vous avez certainement compris cette irritation parce que vous avez promis, dans votre programme électoral, de ne pas imposer d’amendes pour des gouttières non conformes. Est-ce que ça veut dire que vous permettrez des gouttières non-conformes?
«Non, mais nous allons changer d’approche. L’été prochain, nous allons avoir une escouade, l’escouade bleue, qui va conseiller et former les citoyens et qui va les sensibiliser à l’importance de diriger l’échappement de leurs gouttières convenablement.
Par ailleurs, on a déjà mis en place un programme sur l’utilisation de l’eau, et on a déjà économisé 15% de l’eau potable utilisée par la ville, seulement par notre programme de détection de fuites. En fait ça va plus loin que les gouttières, déjà, en réduisant de 15% la quantité d’eau consommée, on réduit le coût de traitement et on prolongera la durée de vie de l’usine de filtration d’au moins douze ans.»
TopoLocal: Dans votre programme politique, vous avez soulevé la possibilité de réduire la limite de vitesse maximale dans les rues de la ville à 40 km/h. On ne voit pas encore de ces limites. Qu’en est-il?
«On a passé une résolution pour réduire la vitesse dans toutes les zones résidentielles à 40 km/h. Pourquoi pas 30? Parce que les experts nous recommandent de maintenir un écart entre les zones scolaires et le reste des rues.
Pour activer tout cela, c’est un an de travail. Il faut présenter le schéma, et obtenir l’approbation du Ministère, etc. Mais notre volonté est claire, pour nous c’est 40 km/h partout, c’est ce que les citoyens veulent, et on installera des zones de tests bientôt.»
TopoLocal: Votre parti a promis la création de postes de police de quartier lors de la campagne électorale. Vous êtes au pouvoir depuis un peu plus d’un an. Qu’en est-il?
«Au début, nous voyions vraiment l’implantation de postes de police comme moyen d’assurer une plus grande proximité avec les citoyens, mais nous songeons maintenant à d’autres avenues.
D’abord par la mise sur pied de patrouilles dédiées qui feraient que les mêmes policiers patrouilleraient toujours les mêmes quartiers. Pour pousser encore plus loin, et pour prendre l’exemple de ce que l’on voit en Floride, entre autres, on pourrait envisager la présence d’aînés à bord de voitures banalisées. J’aime beaucoup ce modèle. Ces personnes sont payées et font des rondes, on ne leur demande pas de faire des interventions mais simplement de signaler toute anomalie.
À court terme, nous aurons au moins des essais de patrouilles dédiées qui se feront probablement dans la prochaine année.»
TopoLocal: Saint-Jérôme aura-t-elle bientôt des caméras de surveillance dans les lieux publics?
«On n’est pas rendu là encore. C’est essentiellement une question d’argent, car ce qui coûte cher là-dedans, ce n’est pas seulement d’installer des caméras, mais surtout d’assurer leur surveillance. Ça rejoint le concept de la ville intelligente: c’est plus complexe que ça en a l’air…»
TopoLocal: Vision Saint-Jérôme a bel et bien lancé son programme pour réduire la consommation d’eau potable, mais qu’en est-il de la gestion des déchets compostables et de centres de récupération?
«Chose certaine, il faudra en arriver un jour à mieux utiliser les matières compostables qui sont jetées par les citoyens tous les jours. Après le bac vert et le bac bleu, ça va prendre un bac brun. C’est intéressant, et important, mais difficile à implanter. Ceux qui disent que ça marche ailleurs, ce sont des poètes, parce que ça ne marche pas.
Ceci étant dit, il faut y arriver quand même. Mais il va falloir trouver des moyens. D’abord, les citoyens doivent faire leur part pour non seulement composter mais aussi faire un tri convenable des matières à composter. Et il faudra que ça vaille la peine de faire circuler les camions de cueillette trois fois au lieu de deux. Je ne suis pas un expert, mais en termes d’environnement, sommes-nous certains que l’impact d’une 3e sortie des camions n’annulera pas les bienfaits de la cueillette de compost? Faudra peut-être envisager un camion qui transporte les trois.
Quant aux écocentres, je ne peux pas concevoir qu’ils soient fermés en hiver. Les besoins de la population ne s’arrêtent pas en hiver, alors pourquoi les centres de récupération?»
TopoLocal: Votre projet de Centre de congrès est-il toujours parmi vos priorités?
«Au moment où l'on se parle, je peux vous dire que l'entreprise privée à de l'intérêt. L'autoroute des Laurentides, c'est 35 millions de personnes qui passent à la hauteur de Saint-Jérôme. C'est donc attrayant pour des entreprises, et on peut espérer y voir apparaître des tours à bureaux.
L'ancienne administration essayait, pour des bonnes raisons, de forcer les projets du genre à s'installer au centre-ville, mais nous sommes en train de changer le zonage pour attirer des projets en bordure de la 15. Parce que c'est ce que les investisseurs désirent. On ne peut pas imposer notre volonté au marché, sinon les projets vont ailleurs. Déjà, ça cogne à la porte... »