Stéphane Maher n'est plus maire de Saint-Jérôme

Stéphane Maher n'est plus maire de Saint-Jérôme
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Ce n'est plus qu'une formalité, Stéphane Maher, reconnu coupable de manoeuvre électorale frauduleuse, sera démis officiellement de ses fonctions. Condamné le 30 novembre, Maher avait jusqu'au 29 décembre pour faire appel. Compte tenu qu'il n'y a pas d'appel, le mandat de Maher a officiellement pris fin le 29 décembre.

Une porte parole de la Commission municipale du Québec, Isabelle Rivoal, a confirmé à TopoLocal que la greffière de la Ville de Saint-Jérôme a avisé officiellement la commission que Maher ne ferait pas appel de la décision.

À la suite de cet avis, c'est Me Céline Lahaie, juge administrative à la Commission municipale, qui a été chargée du dossier. La loi prévoit bien un délai de 15 jours pour que les élus rendus inéligibles en vertu de la loi puissent se faire entendre par la commission, ce qui pourrait retarder la confirmation officielle de sa destitution, mais compte tenu que le jugement rendu est maintenant «chose jugée», il devient quasiment impossible que Maher puisse déposer un argument qui changera le résultat.

Selon toute vraisemblance, Me Lahaie officialisera sous peu sa destitution.

Maher voulait initialement rester en poste

Pourtant, Maher semblait avoir des intentions différentes. « Je vais assurément demeurer en poste », avait-il répondu à TopoLocal, le jour même du jugement. Maher avait même affirmé ce jour-là qu'il croyait « totalement » avoir non seulement la confiance de la population, mais aussi la légitimité requise pour rester en poste.

On aurait pu croire qu'il avait l'intention d'en appeler de la décision puisqu'il avait conclu l'échange en affirmant que « justice n'a pas été rendue ».

Silence radio

Depuis quelques jours déjà, ni Maher ni son avocat, Me Robert Brunet, n'ont retourné les messages de TopoLocal quant à la possibilité d'un appel. Les démarches de TopoLocal auprès de la mairesse suppléante Sophie St-Gelais et de l'adjoint exécutif du maire Simon Geraghty quant au déroulement des choses et à l'organisation du travail de la mairie sont restés aussi sans réponse.

Sur le plan politique, les alliés de Maher se réfugient dans le silence et semblent avoir choisi de faire comme si rien ne s'était passé. Aucun membre du parti de Maher, des conseillers jusqu'à la nouvelle chef Saint-Gelais, n'a commenté la décision. Mme Saint-Gelais, qui a présidé une séance rocambolesque du conseil le 15 décembre, avait simplement indiqué ce soir-là que Maher était « absent ».

Selon ce que TopoLocal a appris, Maher aurait d'ailleurs déserté son bureau dès le lendemain de la décision du tribunal.

Une décision inévitable

Sa décision de ne pas aller en appel est réaliste. Les faits remontent à la campagne électorale de 2017. La preuve est accablante: le 6 octobre, après les avoir expulsés de son parti, où les deux étaient presque assurés de remporter leur siège, il a offert des emplois à Mario Fauteux et André Marion afin qu'ils ne se présentent pas aux élections de novembre 2017. Le tribunal a entendu un enregistrement de la conversation qu'il a eue avec Fauteux, à laquelle assistaient aussi Gilles Robert et Benoit Beaulieu. Le tribunal a aussi entendu le témoignage complètement bigarré de Maher au cours duquel il a tenté de créer une réalité parallèle dans laquelle il aurait agi par compassion auprès de Fauteux et Marion.

Un déficit de confiance qui éclate au grand jour

Pour l'essentiel, il a perdu devant le tribunal parce que la juge n'a pas cru sa version des faits, qui contrecarrait les témoignages de Fauteux et Marion ainsi que la conversation enregistrée par Mario Fauteux. Il était pratiquement couru d'avance que le tribunal ne croirait pas son témoignage.

Dans sa version des faits relatée devant le tribunal le 28 octobre, Maher séparait la rencontre avec Fauteux en deux « modes » un premier, qu'il avouait « très dur » où il lui annonçait son expulsion, et un second où il devenait un être compatissant qui aurait eu une conversation humaine et informelle pour explorer les avenues offertes à Fauteux après son mandat de conseiller.

En fait, le témoignage de Maher ressemblait au langage usuel que Maher a utilisé à toutes les sauces durant ses années à la mairie pour éviter de dire les choses franchement.

Les exemples de la haute voltige verbale de l'ex-maire sont nombreux. Il a comparé la police municipale à une « police politique » si le BIPA devait se pencher sur l'éthique des fonctionnaires et élus. Il a affirmé, pour appuyer ses dires, qu'il ne voit le chef de police de Saint-Jérôme « qu'une seule fois par année ». Il avait dit n'avoir jamais traité ses collègues maires de la région du qualificatif dérisoire de « prix Nobel » alors qu'il existe des enregistrements vidéo où on l'entend. Il a affirmé que le nouveau complexe sportif « va se payer tout seul » alors qu'il n'a jamais été en mesure de rendre publique une étude de faisabilité du projet.

Il a aussi confondu à maintes reprises la gouvernance, la politique et l'administration municipale selon son argument du jour. Il avait même invoqué la parité hommes-femmes au conseil pour justifier l'expulsion de Fauteux et Marion alors que la parité était un prétexte pour se débarrasser de conseillers en qui il n'avait plus confiance.

Le double langage de Maher est d'un tel niveau que les autres maires de la MRC de la Rivière-du-Nord, une fois qu'il a été condamné, ont fini par dire tout haut ce qu'ils chuchotaient depuis quelques années. Eux non plus, ils ne faisaient pas confiance au maire de Saint-Jérôme.

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