Le courage quotidien - souper confiné - jour 21, le 14 avril 2020

Le courage quotidien - souper confiné - jour 21, le 14 avril 2020
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Ça fait chic ces jours-ci de rendre hommage aux anges gardiens. D’ailleurs les agences de publicité ont créé pour leurs clients de beaux petits messages touchants, avec un logo timide, tout en réserve. La musique, un refuge qui soulage en toutes circonstances, est savamment choisie pour les clientèles cibles.

Parce que je ne veux pas ajouter de glaçage sur un gâteau déjà surchargé. Je serai bref aujourd’hui.

Il reste qu'il y a, quand on décape la stratégie et le branding, un fond de vérité et de sincérité dans ces messages, et c’est tant mieux.

Je ne peux m’empêcher, comme beaucoup de gens, de penser au courage exceptionnel des gens qui gagnent leur vie en temps de crise en fournissant des soins de santé, et aussi à tous ceux qui fournissent les autres services jugés essentiels.

Certains clients sont impatients et irritables. D’autres sont sympathiques et avenants. Mais en pleine pandémie, ils ont tous le potentiel d'être dangereux. Toucher à chaque boîte de biscuits n'est plus le geste innocent que c'était. Et pour plusieurs, c'est leur travail.

Ces travailleurs vivent comme vous et moi l’isolement, la frustration, le sevrage des habitudes du quotidien. On s’ennuie de visages familiers. L’école, la garderie. Les gens qui vous servent du café. Les habitués du même restaurant. Ces personnes anonymes qui prennent le même train que vous tous les matins.

Mais plutôt que de chercher des nouvelles avenues de méditation, eux, depuis le début, vont travailler quand même. Pas seulement autant qu’avant, mais souvent beaucoup plus, surtout pour les travailleurs de la santé. Depuis le début, ils sont appelés tous les jours à affronter un danger aussi invisible qu’imprévisible.

Pour les travailleurs de la santé, la peur est encore plus importante. Je sais, c’est un cliché, mais le véritable courage, il existe seulement chez les gens qui ont peur. Or les travailleurs de la santé ont raison d’avoir peur.

Comment ne pas avoir peur quand on s’expose et se ré-expose tous les jours à un virus hors de contrôle? Comment ne pas douter? Comment ne pas répéter, de façon quasi-obsessive, sa routine de décontamination? Comment ne pas se demander si on n’oublie pas un petit détail? Comment se coucher le soir en sachant qu’on y replonge demain?

Vu de l’extérieur, nous n’avons même pas un début de réponse à ces interrogations. Quelques-uns vous diront que l’épuisement, au moins, les aide à dormir...

Une expression familière, c’est qu’on aime mieux ne pas y penser. Mais au contraire, pour les travailleurs de la santé, vaut mieux y penser constamment, et veiller avec toute son énergie et toutes ses connaissances à sa sécurité.

Pour rappeler l'extraordinaire courage de ces gens, les premiers répondants de partout au Québec ont répondu avec des parades de véhicules. D’autres flashent les lumières. C'est très bien de manifester ainsi, mais il ne faut pas perdre de vue que nous pouvons tous faire notre part, très simplement, en étant tous juste un peu plus gentils.

Il est essentiel, alors que le confinement se prolonge et que l’usure s’installe, qu’on ne s’habitue pas à leur générosité. Qu’on se souvienne chaque jour du courage que chacun et chacune manifeste en se rendant au travail, faire sa part.

Installé ici dans mes confins, au fil de mes méditations, j’essaie de les inclure dans mes pensées chaque jour. Certains pourraient y voir une ressemblance avec l’antique tradition judéo-chrétienne de la prière. Hélas, je vous le confie, je n’ai aucune foi.

Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Voyez-vous, je crois aux humains.

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