La jonction Labelle/Saint-Georges, le Flatiron Building de Saint-Jérôme
Je vous mets en garde tout de suite, je vais exagérer un peu. Je termine à peine cet énoncé que déjà je me dis que non, je n’exagère pas tant que ça... Mais voici!
Les villes ont des symboles. Des lieux qui les rendent uniques et qui font partie de leur identité. C’est le cas, par exemple, de la cathédrale de Saint-Jérôme, un monument complètement fou quand on tient compte de l’époque où il a été construit. Si vous croyez que le curé Labelle et les bonnes gens de chez nous ne rêvaient pas gros, sachez que notre cathédrale, quand elle a été construite, était parmi les dix plus importantes d’Amérique du Nord pour le volume intérieur de sa nef.
Impossible à chauffer et présentant des faiblesses architecturales, elle a dû être modifiée quelques années plus tard pour rabaisser le plafond et réduire la taille des vitraux de sa rosace. Nous en avions parlé un peu alors qu'on diffusait des photos des clochers originaux que nous avions alors surnommé la cathédrale le Kremlin de Saint-Jérôme.
On pourrait presque faire un parallèle entre l’audace architecturale assagie de la cathédrale et les rêves brisés du curé Labelle.
Voilà quand même un exemple de ce qu’est un monument ou un symbole.
Mon propos aujourd’hui concerne un symbole de moindre envergure, mais tout aussi essentiel, de l’histoire de Saint-Jérôme.
Un édifice symbolique du centre-ville de Saint-Jérôme est inoccupé depuis bientôt trois ans: celui qui se trouve à l’intersection des rues Labelle et Saint-Georges, juste au sud du centre-ville, à la hauteur de la rue Latour.

Installé à la fourche de deux rues principales et avec sa forme qui épouse la forme du terrain, un peu à l'européenne, on peut laisser aller notre imagination et songer au Flatiron Building de New York, qui est évidemment nettement plus imposant et d'un style différent, mais qui est un emblème de sa ville. Pourquoi ne pas rêver que la pointe à Taillon ne devienne pas l'emblème d'un centre-ville qui mise sur des projets innovants tout y intégrant ses origines?

Le maire Marc Bourcier a utilisé sa page Facebook personnelle récemment pour rappeler que l’édifice a une dimension historique et symbolique importante. Il se situe sur le chemin qui longeait jadis la rivière du Nord, là ou se séparent les rues qui étaient le principal axe nord-sud de la ville. L’endroit était un relais connu, et il est plus tard devenu un magasin familier, une quincaillerie appartenant à la famille Taillon.
Il marque à sa façon ce qui était jadis l’entrée de la ville et qui est encore aujourd’hui la limite sud approximative du centre-ville. Dans sa mouture architecturale la plus intéressante, c’était un édifice de tendance art deco, décoré de lignes parallèles dans ses fenêtres, dont le rez-de-chaussée était paré de tuiles de céramique bleues et de blocs de verre. L’édifice a fait l’objet d’une rénovation nettement plus anonyme dans les années 1990-2000, et abritait alors une maison de transition pour des prisonniers en réintégration.

Le lieu est abandonné depuis bientôt trois ans, inutilisé par le gouvernement du Canada, qui en est propriétaire.
Les curieux qui passent devant remarquent qu’il est emballé dans un revêtement de papier pare-vent et pare-vapeur dont l’efficacité, après trois ans, approche probablement d’être nulle. Une histoire de rénovation entamée mais jamais achevée, d’amiante dans les murs, mais surtout une histoire de futilité et d’incompétence.

Ce n’est pas une surprise, à un point tel qu’on passe aujourd’hui devant l’édifice avec ses barricades de béton, son trottoir inutilisable et ses cases de stationnement condamnées, et qu’on se dit que c’est normal. ( Un peu, direz-vous, comme ces feux de circulation, ici et là, qui sont défectueux ou désactivés quelques mois. ) C’est un domaine où beaucoup de nos gouvernements ont une capacité impressionnante de déployer des études, des compétences et des personnes de talent pour ensuite exercer une magie qui leur est propre et noyer tout leur travail dans un marais stagnant de structures, de responsabilités diluées, et d’indécision.
Il n’y a aucune bonne raison pour laquelle un édifice devrait végéter aussi longtemps, peu importe la raison et peu importe qui en est propriétaire.
Après trois ans, le nouveau maire de Saint-Jérôme Marc Bourcier fait enfin ce qu’un vrai leader doit faire: il a mis le sujet à l’ordre du jour en démarrant une conversation publique lors de la dernière assemblée du conseil municipal. Il a rapidement eu l’appui du député fédéral de Rivière-du-Nord Rhéal Fortin et de nombreuses autres personnes.
Il faut espérer que le gouvernement fédéral accouche rapidement, d'autant plus que la demande de Saint-Jérôme est très simple: le gouvernement n'a qu'à céder le bâtiment à la Ville de Saint-Jérôme, qui est le meilleur acteur pour le mettre en valeur tout en reconnaissant son importance dans le patrimoine local.
La décision est d'une facilité et d'une simplicité enfantine pour le gouvernement fédéral: voyons maintenant combien ça lui prendra encore de temps...