Qu'y a-t-il à l'horizon pour Saint-Jérôme en 2022?
Pour entamer 2022, je m'attarderai au chef-lieu de nos environs, c'est-à-dire Saint-Jérôme.
La Ville de Saint-Jérôme débute l’année avec un tout nouveau conseil municipal. Les électeurs ont passé une grande vadrouille sur tout ce qui ressemblait vaguement à Stéphane Maher ou Janice Bélair-Rolland lors des élections de novembre.
Nathalie Lasalle est la seule membre réélue du conseil précédent. Ce nouveau conseil comprend aussi des anciens membres de conseils municipaux d'avant 2017, soit le maire Marc Bourcier et les conseillers Mario Fauteux, André Marion et Martin Pigeon. S’ajoutent huit nouveaux: Ronald Raymond, Stéphane Joyal, Jacques Bouchard, Dominic Boyer, Carla Pierre-Paul, Jean Jr. Desormeaux, Michel Gagnon et Marc-Antoine Lachance.
Bourcier et une majorité des élus sont du parti Avenir Saint-Jérôme, mais on compte aussi deux conseillers, Marc-Antoine Lachance et Jacques Bouchard, qui sont du parti Mouvement jérômien.
Le début de l’ère Bourcier à l'hôtel de ville
Marc Bourcier a dit, en annonçant qu’il souhaitait devenir maire de Saint-Jérôme, qu’il voulait mettre fin aux querelles politiques stériles et marquer le début d’une période de dialogue et de collaboration au conseil municipal. À cet égard, il s’est engagé, auprès de la population et auprès des candidats membres de son équipe, à diriger un conseil où le droit de parole et le droit à la divergence d’opinion seront sacrés. Le nouveau maire affirme clairement qu’il n’y a pas de ligne de parti et que chaque conseiller est libre de voter comme il l’entend.
Cette façon de gouverner engendre aussi des changements importants qui sont moins visibles.
Beaucoup du travail d’un conseil municipal se fait en dehors des sessions publiques. Traditionnellement, un caucus regroupant seulement les conseillers du parti du maire et son adjoint exécutif siégeait, avec quelques cadres supérieurs, pour préparer les grandes décisions de la ville et préparer les assemblées publiques. Les conseillers qu’on disait « d’opposition » avaient un caucus bien à eux, en compagnie de cadres municipaux eux aussi, mais ce procédé visait davantage à satisfaire la loi qu’à impliquer les autres conseillers dans la gestion de la ville.
Sous Stéphane Maher et Vision Saint-Jérôme, les conseillers considérés d’opposition n’étaient jamais nommés mandataires de commissions du conseil, ce qui réduisait leur accès à l’information, leur influence sur les décisions, et aussi, très concrètement, leur rémunération.
Une culture politique différente
Avec son engagement envers sa « nouvelle façon de faire de la politique », Marc Bourcier a voulu travailler de façon plus transparente et favoriser une plus grande participation des élus. Jusqu’ici, il a livré la marchandise. Tous les conseillers sont mandataires de commissions et les commissions seront appelées à devenir plus transparentes et à siéger publiquement.
À son arrivée Marc Bourcier et son équipe ont aussi passé une grande vadrouille au sommet de la fonction publique municipale. Il a rapidement annoncé l’embauche d’un nouveau directeur général en la personne de Fernand Boudreault, un ex-cadre supérieur de la ville qui avait été écarté par l’administration Maher. Cette embauche a mis fin au mandat de transition accordé à l’ancien DG Yvan Patenaude, aujourd’hui à la retraite. L’entrée en scène de M. Boudreault éclaircit aussi le flou entretenu par la mairesse Bélair-Rolland quant au statut du DG par intérim Rénald Gravel: celui-ci, s’il reste jusqu’à la fin de son contrat avec Saint-Jérôme, aura un rôle subalterne.
Quant au cabinet du maire, il se trouve complètement revampé avec le départ de Simon Geraghty, que beaucoup considéraient comme un alter ego de Stéphane Maher. Marc Bourcier a fait appel à un ami et collaborateur de longue date, Jacques Laplante, qui se joint à son cabinet à titre d’attaché de presse. Il a aussi annoncé l’embauche de Sylvain Pagé à titre d’adjoint au directeur général de la ville.
Sylvain Pagé sera responsable des choix stratégiques de la Ville et semble destiné à s’entendre avec le nouveau maire. Les deux ont été collègues à l’Assemblée nationale et complices au Parti québécois, et Marc Bourcier n’a jamais caché son grand respect pour la carrière politique de Sylvain Pagé, qui a été député de Labelle durant presque deux décennies, de 2001 à 2019.
Le maire Bourcier estime que sa grande connaissance des rouages gouvernementaux et sa capacité maintes fois démontrée de travailler au-delà des lignes partisanes seront des atouts importants dont profitera la Ville. Les affinités politiques entre les deux hommes sont nombreuses. Il faut rappeler qu’en 2011, Sylvain Pagé publiait son Manifeste pour une nouvelle culture politique, dont l’objectif était d'accroître l'implication des citoyens dans le processus politique, de renforcer le rôle des députés qui doivent retrouver leur liberté d'action et de pensée, et de promouvoir une véritable culture de collaboration entre tous les élus.
Il proposait entre autres l’organisation des élections québécoises à date fixe, la nomination des ministres par les parlementaires et non par le premier ministre, des votes libres pour tous les députés sauf dans les cas de motions de confiance. Il proposait aussi ( toujours en 2011 ) le vote électronique et une réforme du mode de scrutin québécois, ainsi qu’un comité permanent de la réforme démocratique.
Au-delà de ces premiers pas, le début de 2022 verra sans doute le nouveau conseil prendre son envol. Déjà il semble épouser la voie de l’intégrité et de la transparence. Et la campagne électorale de novembre 2021 a laissé poindre quelques dossiers importants.
Développer l'industrie du transport électrique plutôt que construire des maisons dans la forêt et vivre avec un complexe sportif tout neuf
Les défis sont nombreux. L’ancien conseil favorisait clairement le développement résidentiel dans le but d’augmenter les revenus de la ville, beaucoup trop facilement pour certains qui craignaient de voir la ville détruire tous ses espaces verts, et qui jugeait que la Ville était un grand bar ouvert pour les promoteurs. Tout futur projet immobilier à Saint-Jérôme sera scruté à la loupe, incluant un projet à proximité du Parc du lac Jérôme dont le promoteur voulait faire un soi-disant « écoquartier » et un second projet d'envergure de logements pour retraités qui aurait surplombé de ses six étages le Parc régional de la Rivière-du-Nord.
Marc Bourcier veut plutôt mettre l’accent sur le développement du parc industriel, le but étant d’attirer à Saint-Jérôme un maximum de sous-traitants et de fournisseurs de la firme de véhicules électriques, sans compter que Saint-Jérôme voudrait bien s’appuyer sur la présence de Lion pour devenir un pôle important de l’électrification des transports. Sur ce plan, il sera facile de faire mieux que l’administration précédente qui avait annoncé l’achat d’un bus électrique il y aura bientôt quatre ans et qui n’avait toujours pas donné suite, et qui se targuait d’opérer une navette « électrique » entre le centre-ville et son stationnement incitatif, alors que le bus électrique n’atteint même pas encore le seuil de 50% des trajets.
Enfin, même s’il s’y est opposé, Marc Bourcier héritera d’un complexe multisports de grande superficie. Quand le projet a été annoncé, il estimait que l’édifice était trop gros pour répondre aux besoins. Malgré tout, il lui incombera dorénavant de le rentabiliser.
