Une conversation avec Janice Bélair Rolland
À l'approche des élections fédérales, cinq des six candidats ont accepté de nous rencontrer pour une entrevue.
Nous avons voulu aller au-delà des plateformes des partis politiques et permettre à nos lecteurs d'en apprendre davantage sur les personnes qui sollicitent le mandat de les représenter à Ottawa.
Le texte qui suit résume notre conversation avec Janice Bélair Rolland, la candidate du Parti libéral du Canada dirigé par Justin Trudeau.
Qu'est-ce qui vous attache à Rivière-du-Nord?
«J'y habite depuis quelques années et c'est ici que j'ai choisi d'élever mes enfants. D'ailleurs, mon conjoint est natif de Saint-Jérôme et y travaille toujours, comme bien des gens. Je suis une mère de famille de deux enfants et je travaille pour gagner ma vie.
J'ai grandi à Saint-Henri, à Montréal. J'y ai passé les neuf premières années de ma vie. On était une typique famille de Saint-Henri, nés pour un petit pain, comme l'aurait probablement dit mon grand-père. Mon père n'était pas un homme très scolarisé, mais il a toujours possédé une éthique de travail très ferme, qu'il a essayé de nous communiquer. Avec mon père, c'est pas compliqué: tu travailles pour ton argent.
Lui-même travaillait comme entraîneur de chiens pour des familles montréalaises fortunées. Pour sa part, ma mère a longtemps travaillé comme adjointe-comptable pour la compagnie Campbell (en riant: oui, la soupe!). Mon père était d'une génération qui voulait offrir à ses enfants un meilleur sort que le sien. Quand j'ai eu neuf ans, la famille a quitté Saint-Henri (c'était quand même un quartier tough) et il s'est mis à faire des économies dans le but de nous envoyer à l'école privée. Nous nous sommes installés à Saint-Janvier. J'ai entre autres fréquenté l'Académie Lafontaine.
Mon père s'était associé avec un architecte et gagnait de mieux en mieux sa vie en refaisant des immeubles, entre autres, et en investissant dans diverses petites entreprises. Ça m'a permis de faire une vie étudiante intéressante. D'abord attirée par les arts, j'ai étudié en danse au cégep de Montmorency, puis à l'École nationale de théâtre, et je me suis même permise un long séjour d'un an en Écosse.
À mon retour, mon père me demande de venir travailler dans l'entreprise familiale, l'Académie des pompiers de Mirabel. J'y ai fait tous les métiers, et j'en ai profité pour faire un bac. D'ailleurs, j'y travaillais encore au moment de ma décision d'entrer en politique.»
Plus jeune, vous avez eu des ambitions politiques?
«Pas du tout! C'est sûr qu'en classe j'étais la plus fatigante en avant qui pose toujours des questions. Mais pour moi, ce n'était pas du tout en vue de faire de la politique.
Sauf qu'il y a deux ans environ, j'ai commencé à y songer. J'ai réalisé que notre démocratie nous permet, à tous, de se pointer en public et de dire que ça ne nous convient pas. Et de faire plus que chialer ou simplement aller voter contre les choses qu'on ne veut pas.
En ayant cette conversation un soir, autour d'une table, mes proches m'ont dit puisque c'est ça, vas-y! Et j'ai décidé d'y aller. J'en avais assez de me faire bourrer. De me faire faire des promesses qui ne seraient pas tenues. L'environnement me préoccupe, tout comme le sort que l'on réserve aux aînés. Bref, je n'en voulais plus de la vieille politique et je voulais m'avancer et faire ma part.»
Pourquoi le Parti libéral?
«Parce que le parti a un jeune chef qui incarne le renouveau. J'ai confiance en la capacité de Justin Trudeau de changer le Canada. J'ai eu la chance de le rencontrer et d'entendre des idées nouvelles, que je n'avais pas entendues avant.
J'ai donc appris sur le tas à être candidate. Je me considère comme une citoyenne qui s'est portée volontaire, et au lieu de me contenter d'en parler avec mes amis, je vais mettre mon grain de sel dans la discussion. Peut-être que ma génération peut avoir quelque chose à dire, et je sens que c'est le temps.»
Vous réalisez que ce n'est pas gagné...
NDLR: Le dernier député libéral dans le comté a été Maurice Dupras, en 1984. Il y a eu deux députés conservateurs de 1984 à 1993, et ensuite, 18 ans de règne du Bloc québécois avec Monique Guay, jusqu'en 2011 et la vague orange du NPD. On ne peut pas dire que Rivière-du-Nord est un comté idéal pour une candidate libérale...
«Vous savez, j'aurais pu demander un autre comté, mais pour moi, c'est ici que je suis, c'est ici que je suis implantée, que j'ai un réseau.
Et je pense que c'est maintenant qu'on doit changer. Il est temps que notre circonscription soit reconnue à Ottawa et qu'on soit au pouvoir. Trop longtemps, on a été mal représentés à Ottawa. On a tellement souvent voté contre quelque chose, on n'a rien à gagner à être dans l'opposition.»
Vous affirmez que le Canada est prêt pour un changement, pour du neuf en politique, alors pourquoi pas le NPD?
«J'ai beaucoup de respect pour le député actuel de Rivière-du-Nord Pierre Dionne-Labelle. Je me permets même de le tuyoyer parce qu'on s'est rencontrés, mais Thomas Mulcair n’est pas Jack Layton.
Je suis convaincue que Justin Trudeau et le Parti libéral incarnent le vrai changement, un changement que je sens à l’intérieur du Canada. Il ne faut pas refaire l'erreur de la vague orange, qui a donné la majorité à Stephen Harper.
Les enjeux sont clairs. Moi je veux travailler pour faire attention à l'environnement. Contribuer à créer de l'emploi en investissant dans nos infrastructures. Je veux que notre économie redonne à la classe moyenne en baissant ses impôts. Je ne veux pas qu'on étouffe nos scientifiques et qu'on gaspille nos expertises. Et je n'en peux plus d'entendre des promesses d'équilibre budgétaire à tout prix qui ne sont pas prioritaires et qui ne sont pas vraies. On se fait mentir en pleine face encore!»
Pierre Elliott Trudeau a laissé des souvenirs amers chez certains québécois, est-ce qu'on vous en parle?
«Chez certains, c'est encore un fardeau à trainer. Un peu comme la cassette des conservateurs voulant que Justin Trudeau ne soit pas prêt parce qu'il est trop jeune.
Mais Justin Trudeau n'est pas son père. Son style est à des années-lumière de lui. Il est tourné vers l'avenir et travaille pour le bien-être de la majorité. C'est aussi mon approche de la politique: il ne sert à rien de regarder derrière. On ne fait plus aujourd'hui la même sorte de politique qu'avant. Nous n’en sommes plus là, tout simplement.
Encore une fois, il faut changer les façons de faire du gouvernement. Cela veut dire oser faire de la politique d'une nouvelle façon. Ce que M. Mulcair ne propose pas du tout. Les conservateurs non plus.»