Affaires, Transport

Lion fabrique toutes sortes de véhicules électriques à Saint-Jérôme

La Compagnie Électrique Lion construit 250 autobus scolaires par année, dont la moitié sont électriques, dans son usine près de l’autoroute 15 à Saint-Jérôme. Elle a la capacité de quadrupler cette production. Et Lion ne manque pas de projets.

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Au bus scolaire eLion, la compagnie ajoute maintenant son minibus que les gens verront bientôt dans les rues de Saint-Jérôme, et dès 2019 un camion, lui aussi 100% électrique, destiné aux livraisons et autres utilisations à courte distance.

Un choix à long terme

En 1882, l’installation de l’usine de papier Rolland a marqué la ville de façon permanente. Qui sait si, plus de 100 ans plus tard, la Compagnie Électrique Lion ne jette pas les bases d’un avenir tout aussi important?

Chose certaine, son fondateur Marc Bédard ne demanderait pas mieux.

Le pare-choc bleu distinctif permet d’identifier facilement les autobus scolaires électrique de la compagnie.

L’opportunité de revoir une vieille idée

L’idée derrière la compagnie Lion Électrique est d’une simplicité étonnante. Marc Bédard a tout simplement vu un jour une opportunité de changer les choses. De faire mieux que les produits qu’il voyait sur le marché.

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Et ce que Marc Bédard avait souvent connu de près jusque là, c’est des autobus scolaires.

« L’autobus scolaire, dit-il, était devenu une vieille idée. Ni plus ni moins un châssis de camion sur lequel on plaçait une cabine avec des sièges. Ça a duré ainsi pendant une bonne cinquantaine d’années.

Même si, au fil des ans, on a greffé aux bus scolaires des accessoires et des équipements pour en rehausser le confort et la sécurité, le concept de base était resté pas mal inchangé », ajoute-t-il.

Alors que les autobus scolaires ont longtemps été construits à partir de camions, le châssis des bus scolaires Lion est construit sur mesure pour ce type de véhicule.

Soucieux de revoir la conception et la motorisation de ces véhicules jaunes, Marc Bédard et son groupe ont décidé de miser sur l’innovation. La compagnie Autobus Lion était lancée. On était en 2008. Outre des partenaires, il faut aussi ajouter que l’associé de Marc Bédard est Camille Chartrand, qui a longtemps oeuvré chez Autobus Corbeil.

Services locaux

« Camille a probablement supervisé la fabrication d’environ 60 000 bus scolaires dans sa vie. C’était un complice précieux.

Nous avons fait le choix d’innover dans les matériaux utilisés pour les bus, sans perdre de vue notre but d’innover aussi en terme de motorisation. Non seulement dans le scolaire, mais dans l’ensemble de nos projets de véhicules.

Ce qu’on a fait au début, c’est du développement de produit. Les trois premières années en fait, ça a été à 100%. On était toute une équipe de développement, dans des bureaux à Sainte-Thérèse, et on travaillait carrément sous le radar. On essayait de ne pas se faire voir, parce qu’on voulait développer en toute quiétude. »

Une période durant laquelle Marc Bédard et son équipe ont parcouru plusieurs kilomètres. « On a fait plus de 500 entrevues avec des opérateurs d’autobus, des propriétaires de flottes, des mécanos, des chauffeurs, pour parler de leurs besoins et pour discuter des atouts et des lacunes des autobus existants. »

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L’entreprise s’installe ensuite dans un local de 40 000 pieds carrés, une partie de l’ancienne usine d’un fabricant d’équipements sportifs à Saint-Jérôme. À l’automne 2011, la production débute.

L’autobus Lion, une créature différente

D’abord, leur autobus sera plus large que les modèles existants. « On sait à quel point les couloirs des bus scolaires étaient étroits », rappelle-t-il. Cette cabine plus large permet aux Lion d’être plus faciles d’accès et plus sécuritaires. Plus larges, ils sont capables, là où les lois l’exigent, d’accommoder des ceintures de sécurité à trois points d’attache.

« Ensuite, on s’est attaqué au poids du véhicule, pour le rendre le plus léger possible tout en ne faisant aucun sacrifice sur la solidité. Cela nous a permis de créer notre modèle Lion diesel qui est très apprécié pour sa durée de vie et son faible coût d’opération. »

De nombreuses composantes des bus scolaires Lion sont fabriquées d’une seule pièce.

Le bus scolaire Lion compte un nombre important de pièces de carrosserie en fibre de verre, polyéthylène et en matériaux composites zéro corrosion qui prolongent sa vie utile et le rendent plus facile à entretenir.

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Ces toits d’autobus faits d’un seul morceau permettent à Lion de revendiquer une étanchéité inégalée dans l’industrie. Ces toits blancs sont destinés à des autobus qui serviront dans des climats chauds.

« Je le dis sans hésiter, notre bus est le haut de gamme du véhicule scolaire. Déjà dans sa version diesel, il se distinguait par sa conception, son poids et ses équipements. Puis nous avons expérimenté divers types de motorisation, mais de toutes les options, gaz propane, gaz naturel liquide, etc, aucune ne faisait vraiment le travail quant à limiter les gaz à effet de serre. La vraie solution à long terme, il faut qu’elle transporte nos enfants, mais il faut penser aussi à la qualité de l’air qu’ils vont respirer. »

« Notre bus électrique est un succès phénoménal de fiabilité. Il y a plus de 40 ingénieurs qui travaillent chez nous, non seulement au développement mais aussi au soutien de nos produits et de nos clients opérateurs.  On suit nos véhicules par télémétrie car ils sont de véritables véhicules intelligents. Dès qu’on a un ajustement à faire pour les améliorer, on installe à distance les mises à jour. Les préposés à l’entretien des clients adorent ça parce que c’est novateur et stimulant. »

Le jour de notre passage à l’usine, ce bus scolaire Lion C électrique était justement en préparation finale pour livraison à la compagnie Transcobec de Saint-Jérôme.

Sans compter qu’on profite de la durabilité d’un moteur électrique et de l’absence d’une transmission. Là aussi, ça signifie moins de lubrifiants, moins de composantes mécaniques et beaucoup moins d’entretien. Les chauffeurs les adorent: dès qu’on les affecte à un Lion, ils ne veulent plus changer de véhicule! »

Un financier passionné d’ingénierie

D’abord un financier, Marc Bédard a oeuvré durant les premières années de sa carrière chez Price Waterhouse Coopers, une compagnie d’envergure dans le domaine du conseil aux entreprises et de l’expertise comptable. « Mais j’ai toujours eu un grand intérêt pour l’ingénierie… et finalement, ma vie est un mélange des deux. »

Services locaux

De 2002 à 2007, il a ensuite travaillé aux États-Unis dans une entreprise manufacturière. « La compagnie faisait beaucoup d’innovation dans le domaine de l’ingénierie alors ça a fait un beau tremplin pour le reste. J’ai quitté en 2007 et puis, en 2008, j’ai fondé Lion. »

Son contact privilégié avec le domaine du transport scolaire lui vient de plus de quinze années qu’il a passées à siéger au conseil d’administration de la compagnie Les Autobus Corbeil, une entreprise bien connue installée pendant longtemps à Saint-Lin. Il a eu au cours de cette période l’opportunité de faire connaissance avec Michel Corbeil. « J’adorais ce marché-là. J’ai quitté le conseil d’administration en 2002.»

Autobus Corbeil a fermé ses portes définitivement en 2007. Son histoire est disponible sur Wikipédia, en anglais.

Aujourd’hui, la compagnie Lion est installée dans un vaste bâtiment d’environ 175 000 pieds, carrés située sur le chemin de la Rivière-du-Nord à Saint-Jérôme. Construit dans les années 1970 par la compagnie Lange, l’édifice a longtemps servi à la fabrication de patins et d’autres équipements sportifs sous diverses marques.

Lion produit environ 250 bus scolaires par année. Présentement, la moitié de cette production est composée de bus électriques. Mais avec le temps, Marc Bédard anticipe que cette production sera entièrement électrique bientôt et compte sur une production augmentée. « Notre capacité ici nous permettrait d’aller jusqu’à 1000 véhicules par année. »

Pourquoi s’appeler Lion?

« C’est difficile trouver un nom. Au début, des gens me disaient tu devrais mettre ton nom de famille, mais ce n’est pas ce que je voulais. On a bien dû regarder 400 ou 500 noms, toutes sortes de choses, on a travaillé avec une firme de communications, etc. On commençait dans le transport scolaire, alors je voulais quelque chose qui est facile à retenir, qui est l’fun, qui est vivant, mais qui en même temps n’est pas simpliste et qui ferait quand même sérieux. »

« On en a regardé et regardé et finalement on est arrivés sur Lion. Pour toutes sortes de raisons. ça se dit bien an français et en anglais, et même dans d’autres langues. Un lion, ça se représente bien, c’est un leader, c’est noble en même temps que sympathique. Donc je trouvais que ça faisait un bon mix, et en sachant que par la suite on s’en allait vers d’autres créneaux que le scolaire, je trouvais que ça faisait bien l’affaire. Alors voilà, c’est cela tout simplement. »

Rien à voir avec le lion qui est le symbole de Saint-Jérôme ni avec l’ion, le groupe d’atomes porteur d’une charge électrique?

« C’est avec le temps qu’on a choisi l’électrique, alors on ne peut pas dire que ç’était tout réfléchi d’avance. Mais quand on songe à ces termes, et aussi aux piles lithium-ion, c’est sûr que parfois on trouve que le hasard arrive bien. »

Il ajoute, sur un ton amusé, « c’est comme un poème. Souvent celui qui l’a écrit le relit après et se dit que c’est vrai que ça dit ça, mais quand je l’ai écrit, je ne suis pas certain que c’est bien ça que je voulais dire!»

Côte-à-côte sur un coin de table, l’ancien logo de Lion et le nouveau, qui est davantage inspiré par l’énergie électrique.

Pourquoi Saint-Jérôme?

« D’abord, il faut dire que l’usine était disponible. C’est un gros facteur. Trouver une usine de 40 000 pieds carrés, sans trop de colonnes, disposée de la bonne façon, ce n’est pas évident.

Le deuxième élément, c’est le support qu’on a eu des gens de la région. Les centres locaux de développement et autres nous ont appuyé dès le départ.

En plus, autre facteur important, on commençait déjà à ce moment-là à identifier la région ici comme étant une région où se ferait de l’innovation dans le transport… »

L’usine de Lion est en bordure de l’autoroute 15, sur le chemin de la Rivière-du-Nord à Saint-Jérôme. Avec le développement du minibus Lion M et la sortie prévue en 2019 de ses premiers camions, Marc Bédard croit que la superficie de l’usine devra tripler d’ici quelques années.

« On a d’abord signé un bail de quelques années, et ça fait huit ans qu’on est là. On a eu un excellent support de la Ville, où on sent une volonté d’électrification. On apprécie beaucoup la collaboration de la Ville de Saint-Jérôme, le maire aussi est un bon complice. Il y a quelque chose de bien qui est en train de se réaliser ici. »

« En plus, il y a l’Institut du véhicule innovant(IVI) qui est tout près. C’est sûr qu’on pourrait faire appel à eux quand même à distance, mais on sent qu’il y a une volonté d’électrification dans la région et ça, j’aime ça! »

« La qualité de vie dans la région est intéressante et c’est aussi pour nous un facteur de recrutement. J’ai moi-même fait le choix d’habiter les Laurentides, et je ne suis pas seul. Les gens aiment bien les environs et beaucoup s’y installent. »

« D’autres, même s’ils habitent à Montréal, réalisent vite que c’est plus facile de circuler à l’envers de l’heure de pointe. Alors c’est gagnant pour nous dans les deux sens. Par exemple, on a 3 ou 4 employés qui vivent à Ahuntsic par préférence, et ils se rendent ici en un peu moins de 30 minutes. C’est quand même pas pire! »

Une industrie qui a (encore un peu) besoin d’un coup de pouce

L’avenir est rempli de potentiel pour les véhicules électriques, mais pour Marc Bédard il faut que les pouvoirs publics soutiennent le changement.

« C’est clair qu’on dépend encore des programmes gouvernementaux. Mais dans cinq ans, on n’en aura plus besoin. On vient de passer une année difficile au Québec parce que la subvention pour les bus électriques a diminué de 125 000$ à 105 000$. Notre position est la même que celle des transporteurs scolaires. Nous aimerions que le gouvernement maintienne le montant de sa subvention encore un certain temps. »

« Nous souhaitons aussi que les commissions scolaires aient la permission de signer des contrats de huit ans pour les routes électrifiées. Un contrat de huit ans permet de mieux financer un bus qui est plus coûteux en respectant sa nature plus durable et ses coûts d’opération moins élevés. C’est le coup de pouce qui manque. Si ces mesures sont adoptées, j’ai des transporteurs qui sont prêts à commander des dizaines d’autobus! »

Sans compter que le bus scolaire Lion s’est gagné la faveur de clients américains en Californie et à New York, où il connaît beaucoup de succès.

Un avenir encore plus électrique

Lion mise fortement aussi sur son tout nouveau Lion M, un minibus urbain très polyvalent. « On l’appelle notre canif suisse parce qu’il peut remplir plusieurs fonctions », dit Marc Bédard.

Le nouveau-né: le Lion M, un minibus électrique qui cible l’important marché des navettes et circuits urbains. Le tout premier exemplaire sera livré à la Ville de Saint-Jérôme, qui annonçait plus tôt cet été qu’elle en fera son nouveau «bibliobus». Lion commercialisera aussi une version minibus scolaire du M.

Ce minibus est déjà opérationnel. Il est présentement en voie de certification. La Ville de Saint-Jérôme a d’ailleurs acheté le premier exemplaire. Enfin, c’est en 2019 que Lion lancera le Lion8, son premier camion.

« Nous visons les camions de classe 5 à 8, c’est-à-dire des véhicules d’un maximum de 85 000 livres avec une autonomie de 300 kilomètres. Ce type de camion peut servir de véhicule de service, de livraison, de camion à déchets, etc. C’est un marché qui représente 50% de la totalité des camions vendus. »

« Nous travaillons déjà avec des leaders dans le domaine des camions spécialisés, des camions à nacelle, par exemple, pour concevoir un véhicule qui intègre dès sa conception tous les équipements spécialisés. »

« Ce camion existe. Il est entièrement conçu… numériquement. Les pièces pour construire le prototype sont commandées et il verra le jour en 2019. Ça va être quelque chose… », dit Marc Bédard, avec un air fait d’intrigue et de fierté.

Et un sourire en coin qui ne laisse aucun doute: il s’amuse!

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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