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Prévost, ce terreau nationaliste (4 de 7)

Jean-Guy Cardinal aura été le premier député du Parti québécois élu à Saint-Jérôme, en 1976. Il est en compagnie de Claude Charron, à droite.

Depuis 1867, Saint-Jérôme a eu droit comme représentants élus à l’Assemblée nationale à son lot de vedettes politiques — et même un premier ministre.

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Le journaliste retraité du Soleil et natif de Saint-Jérôme, Michel Corbeil vous propose de retracer les principaux députés qui ont eu la responsabilité de représenter le région de Saint-Jérôme à l’Assemblée nationale du Québec au cours des 150 dernières années.

Dans ce quatrième volet, il est question de Jean-Guy Cardinal(1976-1979), Solange Chaput-Rolland(1979-1981), Robert Dean(1981-1985), Paul-André Forget(1985-1994), Daniel Paillé(1994-1997), Lucie Papineau(1997-2007), Martin Camirand(2007-2008) et Gilles Robert(2008-2012).

La publication de ce reportage en plusieurs volets a été rendue possible grâce à la contribution financière de la Société nationale des Québécoises et Québécois, région des Laurentides.

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Prévost, terreau nationaliste

La vague qui amènera pour la toute première fois le Parti québécois au pouvoir, en 1976, se rendra également dans Prévost. De ce scrutin historique jusqu’à celui de 2012, lorsque Saint-Jérôme obtient une circonscription à son nom, la formation fondée par René Lévesque domine 23 des 36 années de cette période.

Bien entendu, le Parti libéral du Québec représente le nouveau comté pendant une douzaine d’années, sur deux vagues (1973-1976 et 1985-1994). Bien sûr également, de 1976 à 2008, l’élection du porte-parole des Jérômiens au Salon bleu de l’Assemblée nationale a des airs de baromètre de l’humeur électorale des Québécois francophones.

Mais avec un accent nationaliste. Signalons que les électeurs de Prévost ont voté dans une plus forte proportion que le reste du Québec en faveur des deux référendums sur l’indépendance. En 1980, le «OUI» atteint les 45% tandis que le résultat à l’échelle de la province se limite à tout juste 40%.

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En 1995, l’option souverainiste l’emporte nettement dans Prévost. Avec tout près de 63 % des suffrages, c’est à l’image de bon nombre des circonscriptions francophones. Le résultat national du «OUI», lui, est de 49,42 %.

Notons qu’à Ottawa, Saint-Jérôme a toujours fait partie de circonscriptions représentées par le Bloc québécois, à l’exception du mandat néo-démocrate de Pierre Dionne Labelle, de 2011 à 2015. Le Bloc, qui défend l’idée de souveraineté au Parlement canadien, parle de nouveau au nom des Jérômiens. Le bloquiste Rhéal Fortin l’a emporté le 19 octobre 2015, lors du scrutin fédéral.

L’air du temps

Le premier représentant de Prévost sera un libéral. En 1973, Robert Bourassa remporte une victoire à l’ampleur inégalée: 102 des 108 députés sont de son camp. Dans Prévost, Bernard Parent l’emporte. Il sera le dernier député-maire.

Mais le 15 novembre 1976, c’est un ancien de l’Union nationale que les Jérômiens envoient à l’Assemblée nationale sous la bannière du Parti québécois.

Jean-Guy Cardinal est surtout connu pour une vie politique antérieure, comme membre du dernier gouvernement de l’Union nationale. En octobre 1967, Daniel Johnson père le désigne, sans être un élu, ministre de l’Éducation, une désignation en vertu d’un mécanisme qui n’existe plus. Cardinal se fait élire dans Bagot, le comté de Daniel Johnson, lorsque ce dernier décède, à l’automne 1968.

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M. Cardinal défendra à contrecoeur, racontent les analystes de l’époque, une loi sur le libre choix de la langue d’enseignement, un dossier qui contribue à la disparition de l’Union nationale.

Jean-Guy Cardinal n’occupe son fauteuil de député du Parti québécois dans Prévost que durant trois ans. Il meurt subitement, «en fonction», alors vice-président de l’Assemblée nationale.

Une première femme députée en 1979

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Le premier plébiscite sur l’indépendance du Québec se pointe à l’horizon. C’est une fédéraliste convaincue qui prend son relais. Solange Chaput-Rolland, une commentatrice et journaliste très connue, a été avant son entrée en politique active, membre de la Commission Robarts sur l’unité canadienne.

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Elle subit cependant le sort de sa formation dirigée par Claude Ryan: victoire référendaire et défaite électorale. Le Parti libéral du Québec se trouve, en effet, dans le camp des vainqueurs du plébiscite de 1980, mais il encaisse un revers à l’élection générale de 1981. Solange Chaput-Rolland, elle aussi, ne connaîtra que les grandeurs et les misères de siéger dans l’opposition.

En 1985, le syndicaliste Robert Dean rapatrie Prévost dans le giron du PQ de René Lévesque, toujours au pouvoir. Dean est ministre du Revenu et ministre délégué à l’Emploi et à la Concertation. Il parraine à ce titre la loi créant le Fonds de solidarité.

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Le député de Prévost Robert Dean, accompagné par Bernard Landry, lors d’une manifestation syndicale.

Le règne de P.-A. Forget

Lui-même se fait ravir son poste au prochain appel au peuple, lors du retour aux affaires de l’État du libéral Robert Bourassa, en 1985. Un agriculteur et membre actif de l’Union des producteurs agricoles, Paul-André Forget, tiendra Prévost pour le PLQ pendant neuf ans, jusqu’en 1994. Il n’occupera pas de poste d’influence au gouvernement.

À la veille du second plébiscite sur la souveraineté, le péquiste Daniel Paillé succède à Paul-André Forget. Il sera ministre de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.

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Avec la seconde défaite référendaire, en octobre 1995, il perd aussi son soutien politique, Jacques Parizeau. Daniel Paillé se voit alors offrir par le premier ministre Lucien Bouchard des responsabilités moins intéressantes que ce qu’il souhaite. Il quitte l’Assemblée nationale.

Lucie Papineau a siégé le plus longtemps

Celle qui le remplace affiche les plus longs états de service parmi les élus qu’a comptés Prévost. Lucie Papineau demeure députée de 1997 à 2007. Elle ne comptera pas parmi les piliers des différentes équipes du Parti québécois.

Après le départ de Lucien Bouchard, en janvier 2001, elle accède à un poste de ministre déléguée. Elle le sera à l’Industrie et au Commerce, dans un cabinet de Bernard Landry, qui compte 31 ministres et quatre secrétaires d’État.

Marc Bourcier, accompagné de l'ancienne députée Lucie Papineau, lors de l'annonce de sa candidature en mai 2016.
Marc Bourcier, accompagné de l’ancienne députée Lucie Papineau, lors de l’annonce de sa candidature en mai 2016.

L’ADQ, puis retour au PQ

En 2007, l’adéquiste Martin Camirand remporte un succès inattendu sur la députée sortante. Là encore, ce n’est pas sans évoquer le fait que les électeurs de Saint-Jérôme et de sa circonscription se sont retrouvés dans le sens du courant politique chez les francophones. Ce scrutin consacre l’Action démocratique du Québec de Mario Dumont comme l’opposition officielle, reléguant le Parti québécois au rang de seconde opposition au Salon bleu.

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Gilles Robert bouclera la boucle des scrutins dans Prévost en redonnant le comté au PQ. L’enseignant et ex-journaliste de L’Écho du Nord ne connaîtra lui aussi que l’opposition. Il est battu lorsque la circonscription change de nom pour s’appeler Saint-Jérôme, en 2012. Sa carrière en politique devient municipale, il est élu conseiller et maire suppléant dans l’équipe de Vision Saint-Jérôme à l’automne 2013.

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