Histoire, Personnes, Sports

Entrevue avec Marc Faubert, premier lanceur de la Petite ligue de baseball de Saint-Jérôme en 1953

Marc Faubert n’a pas hésité quand j’ai communiqué avec lui pour parler du tout premier lancer de l’histoire des petites ligues de baseball à Saint-Jérôme. Une information apprise lors d’un déjeuner de vétérans sportifs.

Publicité

Non seulement est-il venu à ma rencontre au monticule du terrain Kinsmen, il s’est aussi amusé à reprendre la pose du tout premier lancer qu’il a lui-même effectué en 1953.

Sur la photo, il a encore son gant de baseball de jeunesse, et son coupe-vent du baseball Kinsmen. Bon, d’accord, ce n’est pas le coupe-vent de ses 12 ans. Il faut dire qu’il a continué de jouer jusqu’à l’âge junior.

En 1953, quand il avait 9 ans

Marc Faubert avait 12 ans. « Je jouais pour le club de la police. Le coach, Marcel Guay, m’avait choisi pour être le lanceur. Je pense, ajoute-t-il avec modestie, que c’est parce que je n’étais pas assez bon pour jouer aux autres positions. »

Pour ceux qui tiennent leur feuille de pointage à la maison, comme disait Jacques Doucet, Faubert a accordé des buts sur balles aux trois premiers frappeurs qu’il a affrontés. « J’ai retiré les trois autres sur des prises! », se souvient-il. C’est son entraîneur qui devait être soulagé.

Publicité
Marc Faubert en 1953
Marc Faubert en 1953

« Il devait bien y avoir quelques personnes, parce que c’était le match inaugural, mais pour moi, avec mes yeux de 9 ans, les estrades débordaient. Quand j’ai retiré le troisième frappeur, c’est pas compliqué, la foule était en délire! J’ai lancé quelques autres manches et quand j’ai quitté le monticule, on gagnait 6 à 1. »

« Si j’avais abandonné le baseball ce jour-là, je me serais retiré en pleine gloire! Bien sûr j’ai continué à jouer et notre équipe a même gagné des championnats mais je n’ai pas répété d’exploits aussi foudroyants », raconte Marc Faubert avec un grand sourire. 

« Par la suite, la plus importante qualité que j’avais c’est que quand je réussissais à me rendre sur les buts, je courais très vite. Bunter, c’était ma spécialité. C’était ça ou je me faisais passer dans la mitaine! »

Un championnat junior en 1958, cinq ans plus tard

Marc Faubert a connu bon nombre de jeunes sportifs jérômiens, entre autres ses coéquipiers de l’équipe Junior de 1958 qui avait remporté le championnat provincial du Québec. 

Services locaux
Marc Faubert décrit cette photo: «Royal Maher meilleur frappeur des Cardinaux en 1958, l’année de notre championnat de la ligue de baseball provincial junior, qui reçoit le trophée de Claude Beaulieu, assistant instructeur. À l’arrière: Guy Labelle, un de nos meilleurs lanceurs et André Pellerin, instructeur chef!

Cette équipe comptait de nombreux joueurs qui sont à peu près tous devenus des citoyens actifs et impliqués dans leur vie adulte. Il suffit de mentionner les noms de Robert Rioux, André Filiatrault, Roland Godard, Yvon Martin, Denis Labelle, Robert Vermette, Yves Martin, Charles Lalande, Royal Maher, Léo Champigny, André Pilon, sans oublier les instructeurs André Pellerin et Claude Beaulieu. 

Une petite ville où tout le monde se connaissait

L’été 1953, ça fait bel et bien 65 ans. Saint-Jérôme était une petite ville où les gens vivaient à proximité les uns des autres. Les rivalités sportives entre les jeunes des paroisses de Sainte-Marcelle, Sainte-Paule, Saint-Lucien, et autres, étaient des affaires de première importance.

Saint-Antoine était une toute nouvelle paroisse, Lafontaine un village naissant et Bellefeuille, qui s’appelait alors Rivière-à-Gagnon, était une zone rurale. La guerre était finie depuis bientôt dix ans et les familles de Saint-Jérôme élevaient la première génération de baby-boomers. Il y avait environ 20 000 personnes qui habitaient sur le territoire actuel de Saint-Jérôme qui compte aujourd’hui 75 000 habitants.

Cet été-là, le jeune Marc Faubert a reçu sa mission historique. Le lancer de la première balle s’est accompagné de toute une cérémonie. « En présence du maire de Martigny et de tous les dignitaires », se souvient-il.

Publicité

La ligue Kinsmen, pour les 9 à 12 ans, portait le même nom que le club social qui l’a fondée. C’était seulement la deuxième ligue au Québec à être affiliée aux Petites ligues de baseball, une association américaine qui a aujourd’hui des ramifications internationales. Le championnat canadien de cette organisation a été disputé cet été à Mirabel.

La ligue comptait quatre équipes de quinze joueurs, les Kinsmen Reds, les Kinsmen Blues, le Rotary, et le Club juvénile de la police. Le terrain de balle de 1953 est encore là, dans le coin nord-est du parc Melançon.

Une activité qui formait les jeunes

On l’entend souvent: les éducateurs parlent du sport comme un important élément formateur. Une activité qui crée des liens entre coéquipiers et forge leur caractère.

Marc Faubert n’hésite pas à le dire. « J’ai continué a faire partie d’équipes de baseball toute ma jeunesse et je m’y suis fait des amis que je vois encore. Je pense, comme ça, à Royal Maher, qui était le meilleur frappeur de notre équipe, et à Bob Vermette, notre arrêt-court, entre autres, et à tous ceux qu’on côtoyait.

Publicité
Le club de la police, autour de 1953, regroupait des joueurs de 9 à 12 ans. Ceux qui sont encore avec nous sont donc âgés aujourd’hui de 74 à 77 ans. Les joueurs à l’avant sont Denis Bélec, un jeune Gauthier dont on ignore le prénom, Pierre Lapointe, Michel St-Vincent et Pierre Lebrun. À l’arrière se trouvent Jean-Pierre Rioux, Gilles Lafortune, Fernand Aubin, Marc Faubert, Robert Guay, André Piché, Raymond Levert et Jean Desjardins, de même que l’instructeur Marcel Guay.

« Les équipes de baseball ont été le solage de ma confiance en moi. Moi qui n’étais pas le plus talentueux, le coach, André Pellerin, m’appréciait à cause de ma personnalité. L’esprit d’équipe, appartenir à un groupe, ça c’était important pour moi. »

« J’avais été élevé dans un cadre assez autoritaire à la maison, mais là je me retrouvais avec des coéquipiers et quelques amis plus âgés que moi qui m’ont un peu pris sous leur aile. J’ai appris à leur côté à vivre ma vie d’ado et ensuite de jeune adulte. J’ai appris là à vivre en équipe, et à m’apercevoir que tout seul je n’irais pas loin. »

« Ces joueurs-là étaient beaucoup plus que des coéquipiers… »

Un lanceur qui devient… prêtre

Une bonne partie de la vie de Marc Faubert a été publique. Animé par un désir de comprendre l’expérience humaine et d’aider ses semblables, il est d’abord devenu prêtre, en 1967. Il a fait partie de l’équipe pastorale de la paroisse cathédrale de Saint-Jérôme. Il avait adhéré au virage que semblait prendre l’église catholique à l’époque.

Services locaux

Mais le célibat lui pèse et surtout, la double vie que menaient bon nombre de prêtres à la fin des années 1960. Il sera loin d’être le seul, mais Faubert veut sortir de l’église catholique. Son nom s’ajoutera à la longue liste de ceux qu’on appelait à l’époque les défroqués, qui abandonnaient la soutane pour des jeans, une vie comme les autres, et la liberté.

On n’en apprécie pas pleinement le poids aujourd’hui, mais même dans le Québec peace and love de l’après Révolution tranquille, c’est une décision qui prenait du courage.

Officiellement, il est encore prêtre quand il quitte pour faire une maîtrise en psychologie à Detroit, en 1970, mais ses convictions n’y sont déjà plus.

« Je suis convaincu que ma toute petite carrière de baseball m’a donné l’élan d’agir. Je ne pense pas que ce genre de virage aussi décisif était dans mon ADN. Je ne suis pas certain que j’aurais eu le guts. Le lien n’est pas du tout exagéré quand j’y pense. »

Publicité

À Detroit puis ensuite à Los Angeles où il fera un doctorat en psychologie clinique,  il vit de façon très modeste afin de compléter ses études. Mais il ne ressentira plus jamais la vocation.

Hors de l’église, le travail social, la fibre humaine, le contact avec les gens, tout cela peuple sa vie. Le courant dans le milieu de la psychologie est de se rapprocher du vécu des gens, une vague dont il est fier de faire partie.

Son désir de travailler au ras du sol le mène à devenir un fondateur et le tout premier directeur général du CLSC Arthur-Buies de Saint-Jérôme. Il sera également le tout premier chef du département de psychologie de l’hôpital de Saint-Jérôme.

Aujourd’hui, il a pris sa retraite en tant que psychologue, mais il continue quelques implications bénévoles. Et il voit encore certains chums de baseball… 

Ainsi en est-il des coéquipiers de la petite ligue de 1953. Comme Marc Faubert, ils sont aujourd’hui hommes d’affaires, manoeuvres, avocats, fonctionnaires, marchands, mécaniciens, etc. Beaucoup sont retraités.

Mais entre eux, ils sont pour toujours un lanceur, un arrêt-court, un receveur, etc.

Et le soleil, même après soixante-cinq ans, se lève tous les jours sur le parc Kinsmen.

Send this to a friend