Culture, Personnes

Yves Thibault, traceur de l’histoire de Saint-Jérôme, n’est plus

La nouvelle est passée un peu inaperçue durant la campagne électorale. Saint-Jérôme a perdu un des ses plus importants illustrateurs au début de septembre, avec le décès d’Yves Thibault.

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Personnage aussi coloré et original que ses oeuvres, Thibault laisse bon nombre de toiles et de dessins illustrant Saint-Jérôme. Il laisse à de nombreux élèves les leçons apprises lors d’innombrables cours de dessin et peinture, et il laisse des souvenirs marquants.

Yves Thibault adorait peindre sur des toiles d’abord recouvertes d’un noir profond. « Les couleurs ont tellement plus de punch comme ça, disait-il lors d’une entrevue avec TopoLocal.
Une toile d’Yves Thibault, au ciel noir.
Thibault a créé beaucoup de ses derniers tableaux en reproduisant des personnages coiffés de chapeaux.

Disparaître discrètement

« La volonté de mon père, c’était de disparaître simplement, en toute discrétion, c’est ce qu’il voulait et c’est ce que nous avons respecté. »

C’est Sonya Thibault qui est au bout du fil. Elle répond à un message que j’avais laissé sur Facebook, dans l’espoir d’en apprendre un peu davantage sur le décès d’Yves Thibault.

Yves Thibault était un typographe de métier. Il a travaillé dans de nombreux journaux à une époque où l’illustration, le montage et la mise en page étaient des techniques artisanales. Il avait un réel amour pour le travail bien fait.

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À la retraite, il a vécu de sa passion, la peinture. Si beaucoup de gens de la région ont suivi des cours de peinture avec lui, ou ont vu de ses oeuvres, il avait aussi un cercle plus restreint de complices qui ont partagé des escapades de moto, des rides disait-il, en anglais.

C’était un homme engageant qui adorait la conversation, comme pourraient en témoigner plusieurs personnes qui ont passé des longs moments en sa compagnie à philosopher devant une bière. Toujours avec une simplicité désarmante et un don pour dire les choses en peu de mots.

Certains diront qu’il avait un peu l’allure d’un hippie, mais le mot juste, si on veut vraiment refléter son âge et ses énergies créatrices, serait plutôt un beatnik.

« Mon père était malade, dit Sonya Thibault. Il ne marchait plus depuis environ 2 ans. Il venait tout juste d’avoir un nouveau triporteur. On avait installé des rampes dans la maison pour lui. Ça a été sa dernière ride! » m’a dit sa fille, elle aussi artiste et créatrice.

Services locaux

« On a exposé ensemble cet été! Il m’a dit: Viens, on va exposer nos cochonneries ensemble. »

Cette façon de désigner ses oeuvres, en parlant souvent de barbouillages ou de cochonneries, pouvait faire fausse impression. Yves Thibault ne se prenait pas au sérieux, mais il ne badinait pas avec l’art et le temps qu’il faut y mettre pour maîtriser ses travaux.

Sonya Thibault rappelle des paroles de son père, en réponse à une personne qui lui demandait combien de temps il mettait à faire une de ses toiles. Il avait pris l’habitude de répondre du tac au tac, pour bien illustrer sa pensée, en disant: « Quarante-cinq ans! ».

Outre de nombreux tableaux souvent inspirés par la région des Laurentides et ses environs, Thibault laisse dans la patrimoine collectif un livret-souvenir sorti en 1984, alors qu’il réalisait, à l’occasion du 150e anniversaire de Saint-Jérôme, une série de dessins de lieux historiques faits à partir de photos d’archives.

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La gare de Saint-Jérôme dessinée par Yves Thibault, tel que paru dans un album publié en 1984, à l’occasion du 150e anniversaire de Saint-Jérôme.

Quelques années plus tard, il recommençait, cette fois avec une série de cartes postales. Apparaissent alors ses personnages à chapeaux, qui peupleront par la suite la plupart de ses toiles.

La gare de Saint-Jérôme se retrouve de nouveau sur cette carte tirée d’une série produite par le Comité culturel de Saint-Jérôme en 1984. Les cartes étaient basées sur des toiles de Thibault réalisées à partir de photos de Roger Lauzon.
Le marché public, tiré de la même série.

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