Élections, Politique

Face à face avec Antoine Poulin du Parti libéral du Québec: « Je veux emmener un vent nouveau à Saint-Jérôme »

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Les électeurs de la circonscription de Saint-Jérôme éliront le 1er octobre le député qui les représentera à l’Assemblée nationale. TopoLocal vous permettra de suivre la campagne électorale jusqu’aux résultats finaux le soir du vote.

Nous rencontrons les quatre candidats des partis qui comptent présentement des élus à Québec, soit la Coalition avenir Québec(CAQ), le Parti libéral du Québec(PLQ), le Parti québécois(PQ) et Québec solidaire(QS).

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Ces entrevues vous permettront d’en savoir un peu plus sur les personnes qui se présentent, sur les motifs qui les incitent à faire de la politique, de leurs choix pour le Québec et enfin, sur leurs priorités pour la région. L’entrevue qui suit a été réalisée avec le candidat du Parti libéral du Québec, Antoine Poulin, le jeudi 13 septembre.

Services locaux

On va se livrer à un exercice de spéculation. Vous êtes élu député de Saint-Jérôme. Quelle est la liste des priorités sur votre bureau le premier matin où vous vous mettez au travail?

« Mon premier engagement tient à mon désir de me rapprocher de la population. Je vais tenir des assemblées saisonnières à peu près tous les trois mois.

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Toute la population va être invitée et l’assemblée portera sur tout ce que j’aurai fait durant ces trois mois-là. Où j’ai été actif, quels dossiers j’ai défendus, etc.

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Il faut mieux informer les électeurs sur comment fonctionnent les structures politiques. Les rouages de l’Assemblée nationale, comment fonctionne le système, et, finalement, qu’est-ce que c’est que mon job de député.

Services locaux

C’est un travail de base important parce qu’on dit toujours, en temps d’élections, que c’est important de voter mais je pense qu’il faut expliquer davantage pour quoi les gens votent. Je pense qu’il faut rappeler comment fonctionnent les gouvernements, comment se fait l’adoption des lois. C’est essentiel que tout le monde ait accès à cette connaissance-là.

C’est pour cela que j’en fais mon premier engagement, parce que je veux être présent dans le comté, présent pour les gens! Ça veut dire que je vais aller les voir, aller à leur rencontre. C’est aussi une occasion d’entendre leurs commentaires et questions.

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De toute façon mon travail sera de les représenter, donc si je ne fais pas le travail, je veux qu’ils viennent me le dire afin de m’améliorer en tant que député.

Le deuxième engagement important touche la mobilité. Cette question touche plusieurs aspects, dont le transport en commun, l’autoroute 15, qui sont inter-reliés. Je suis content que mon parti se soit engagé pour le transport en commun à demi-prix pour les jeunes et les aînés. Je pense que c’est un bon premier pas, et je suis totalement ouvert à ce qu’on aille plus loin dans un avenir rapproché.

Évidemment, tout doit être fait en temps et lieu. On ne peut pas faire un changement brutal, parce que ça reste un gros investissement, mais je pense que c’est un bon début. Avec le prolongement du REM à Mirabel, une gare intermodale et un stationnement incitatif à l’intersection de la 15 et de la 50 ainsi qu’une offre étendue de transport en commun à l’intérieur de Saint-Jérôme, ce serait un changement positif.

On s’entend que 20 personnes dans un autobus, c’est gagnant comparé à 20 personnes seules dans leur voiture. C’est moins polluant, c’est plus pratique. Tout ce qu’on peut faire pour optimiser les transports dans la région, c’est un peu plus, moins y’a de congestion sur la 15.

Le problème du train de banlieue actuellement, c’est que le détour (NDLR: Le tracé actuel du train contourne le mont Royal par l’ouest de l’île pour rejoindre le centre-ville) rallonge le trajet. C’est pour ça qu’on privilégie le REM à Mirabel. Imaginons un instant à quel point ce serait facilitant pour les travailleurs d’être au centre-ville en moins d’une heure! Moins tu passes de temps dans les transports, plus tu passes de temps avec ta famille.

En troisième lieu, la santé. On a déjà une première étape importante de franchie avec l’annonce d’un investissement de 200 M$ pour l’hôpital de Saint-Jérôme. C’est un premier pas, mais il est important de continuer. Le projet déposé par le regroupement des médecins, au coût total de 400 M$, est intéressant.

Ce n’est pas ma job à moi de promettre le deuxième 200 M$. C’est un travail qui se fait en commission parlementaire, mais c’est définitivement quelque chose que je vais défendre.

En plus de ce projet des médecins, je veux aussi défendre le projet d’une super-clinique à Saint-Jérôme. Le projet est tout près de se réaliser et ce serait un apport important pour la population.

Ailleurs au Québec, l’apport des super-cliniques est essentiel, parce qu’il y a tout de suite une amélioration aux services aux citoyens. On est une des seules villes au Québec de plus de 50 000 habitants où il n’y a pas de super-clinique. La demande de la population est là. C’est quelque chose que j’entends sur le terrain. Alors il faut agir!

Parmi d’autres solutions qui s’ajouteraient, j’ai aussi visité la coopérative de santé de Bellefeuille qui n’est pas assez connue, à mon avis. C’est un modèle qui est intéressant.

Quant à la super-clinique, je ne sais pas encore ce qu’il manque exactement pour que ça démarre, mais il semble qu’on y est presque. L’édifice est construit, il y a un groupe de médecins qui sont intéressés, alors il faut rapidement régler les embûches et offrir les services à la population.

En quatrième lieu, il faut parler de l’économie locale et régionale. Il se passe des choses très intéressantes chez nous. Avec le pôle innovation qui s’installe, avec l’Institut du véhicule innovant et Autobus Lion, et tout ce que ça peut engendrer, on a un potentiel exceptionnel.

Il faut favoriser le développement à proximité de Saint-Jérôme. Là encore, c’est une question de qualité de vie et de mobilité. Si les gens de Saint-Jérôme trouvent des emplois de qualité chez eux plutôt qu’à Montréal ou même à Mirabel, tout le monde est gagnant.

Je crois que c’est important que le gouvernement aide les entreprises comme Lion qui sont au coeur de la transformation énergétique. Ça veut dire que ce sont des entreprises qui vont être là longtemps et profiter à la population.

Le développement passe par l’accroissement de la main-d’oeuvre et, encore là, Saint-Jérôme est dans une position intéressante. Saint-Jérôme ce n’est pas Montréal, les immigrants qui s’installent ici ont un incitatif très fort à s’intégrer parce que le milieu ici est très francophone. On sait que l’entreprise, c’est le meilleur environnement pour apprendre une langue.

Je vous avoue franchement que je ne peux pas à ce moment-ci vous dire où se trouvent les avenues les plus payantes pour Saint-Jérôme pour attirer davantage d’industries. Je sais qu’il y a une question de taxes municipales qui favorise Mirabel, mais je sais aussi que Saint-Jérôme travaille dans le sens d’offrir une qualité de vie accrue et je suis prêt à travailler avec le maire de Saint-Jérôme pour trouver encore plus de moyens pour favoriser le développement ici.

En cinquième lieu, il faut parler d’éducation et tout particulièrement de santé mentale.

Il y a des enjeux de santé mentale importants aujourd’hui qui affectent le monde de l’éducation, autant chez les profs que chez les étudiants. Les individus sont exténués, sous pression, travaillent dans un environnement exigeant, et doivent concilier, même pour les étudiants, le travail, les études et la famille. Avec des adultes qui de plus en plus reviennent aux études, la conciliation études/famille/travail prend de l’importance.

Au congrès des Jeunes libéraux, le Parti libéral a annoncé que le Québec développera une stratégie nationale de santé mentale pour les étudiants. Il faut s’assurer d’offrir les services pour que tout le monde soit dans un bon état de santé mentale à l’école, bref que tout le monde qui va à l’école soit entièrement là. Ça vaut autant pour les profs que pour les étudiants.

Il y a un vrai problème chez les enseignants: beaucoup quittent la profession après cinq ans. C’est pour ça que nous proposons de mieux rémunérer les profs qui sont dans cette tranche-là, de les faire monter d’échelle si on veut. Il faut que les enseignants aient moins de stress financier. »

Vous êtes non seulement jeune, vous êtes le plus jeune candidat libéral à cette élection…

« Oui, j’ai 20 ans, j’aurai 21 ans en octobre. Je suis originaire du village de Saint-Étienne-des-Grès, où j’ai passé mon enfance et mon adolescence. C’est un village de 4000 habitants. Par la suite j’ai aussi vécu à Trois-Rivières, où je suis arrivé à l’approche de mes 18 ans.

J’ai toujours été impliqué dans les groupes où je suis passé. Dès mon secondaire, j’étais membre du conseil étudiant. En secondaire 5, j’ai représenté les étudiants au conseil d’établissement de mon école. 

En arrivant au cégep, où je me suis inscrit en Histoire et civilisation, j’ai pris une brève pause de ma jeune vie politique, mais je me suis ensuite fait élire au sein de l’association étudiante, où j’étais vice-président aux affaires pédagogiques. Donc ma job, c’était de défendre les intérêts étudiants. Ça ne se compare pas, évidemment, mais ça ressemble un peu à la job de député! J’étais en quelque sorte le député et ombudsman de mes collègues étudiants.

Après un an à l’association étudiante, je me suis présenté comme rédacteur en chef du journal étudiant. J’y suis resté six mois mais j’ai décidé de revenir à l’association étudiante. Je pense que c’est plus dans mes cordes de défendre les intérêts de mes semblables.

À travers ce poste à l’association étudiante, j’ai été élu à la STTR(Société de transport de Trois-Rivières) où j’ai siégé comme représentant des usagers du transport en commun.

Je me suis aussi impliqué en politique municipale à Trois-Rivières, comme bénévole, mais je n’avais pas encore été membre d’un parti. C’est en janvier 2018, en voyant venir les prochaines élections au Québec, que j’ai décidé de m’impliquer.

Je me suis dit, quel parti choisir? Alors j’ai été lire les programmes des partis. Les valeurs profondes qui me rejoignent le plus, ce sont celles du Parti libéral. Essentiellement parce que c’est un mélange de libertés individuelles mais, dans le respect de la justice sociale. »

C’est votre raison pour vous lancer en politique active?

« C’est important à mon avis d’assurer une paix sociale. On n’a pas tous la même chance dans la vie. Personnellement, je considère que j’ai été chanceux: j’ai vécu avec des parents aimants, qui m’ont toujours encouragé dans ce que j’ai fait. et qui m’ont soutenu.

Je sais très bien que ce n’est pas tout le monde qui a cette chance-là. J’ai toujours fréquenté l’école publique. J’ai eu des amis qui se faisaient prêter la BMW de leurs parents, et j’en ai eu d’autres dont les parents avaient besoin d’aller à la banque alimentaire. J’ai vu un peu de tout, j’ai vu toutes les réalités. Et Je veux travailler pour tous ces gens-là.

Personnellement, je crois que les solutions ne sont pas à l’extrême gauche ni à l’extrême droite. Je pense que c’est gagnant de prendre le meilleur des deux tendances. Comme dans l’économie, où c’est important d’avoir des entreprises en santé, mais aussi des services publics de qualité. C’est pour ça que j’ai choisi le Parti libéral. »

Et pourquoi êtes-vous candidat à Saint-Jérôme?

« J’ai rencontré Daniel Gagné, le président de l’Association libérale de Saint-Jérôme, lors d’un événement dans Argenteuil, une cabane à sucre. La conversation a vite tourné vers Saint-Jérôme. Je vous avoue franchement que je ne connaissais à peu près pas Saint-Jérôme à ce moment-là.

Daniel me parlait de l’enjeu de l’hôpital, de l’enjeu de pauvreté qui est toujours là. Je me suis dit que si je peux faire ma part ici, ce sera intéressant. Je suis donc devenu vice-président jeunes de l’Association libérale de Saint-Jérôme. Comme vous savez, les jeunes prennent une place importante au Parti libéral.

Daniel Gagné m’a dit que l’association de Saint-Jérôme voulait un candidat jeune. Au début je n’y croyais pas. Je me suis dit, voyons, je suis trop jeune, à 20 ans. Mais après avoir réfléchi je me suis dit, pourquoi pas!

Je me suis dit, qu’est-ce que je perds à essayer de représenter la population jeune à l’Assemblée nationale? Les gens de moins de 40 ans représentent moins de 20% des députés, alors que nous sommes plus nombreux que ça dans la population.

Ce que je veux, c’est aider les gens. Bon, on ne fera pas semblant, je ne suis pas né à Saint-Jérôme, mais peut-être qu’un regard extérieur, jeune, ça ferait du bien. C’est ce que j’essaie de faire. C’est un défi intéressant que je relève. Je sais très bien que nous – les libéraux dans la circonscription de Saint-Jérôme – n’avons pas dépassé 20% des voix depuis 20 ans. »

Sentez-vous de la part des électeurs un ressentiment envers les libéraux, l’effet de l’usure du pouvoir…

« Je pense que c’est une élection pivot parce que, pour la première fois depuis longtemps, la souveraineté n’est pas un enjeu. Le PQ, même s’il était élu, a remis ça jusqu’en 2022.

Personnellement, je veux que les gens votent par conviction plutôt que par dépit. Si les gens s’en tiennent à cela, j’aime bien les chances du PLQ.

On a la pression du gouvernement sortant, oui, mais on a fait beaucoup de bons coups. Bien sûr, on a fait certaines erreurs, comme tous les gouvernements. Moi ce que j’entends sur le terrain, c’est une belle réception pour l’idée des jeunes en politique. Je pense que c’est une façon de rajeunir la politique.

Je pense que notre parti est capable d’intégrer des nouvelles idées. L’engagement vers le transport en commun à moitié prix en est un exemple frappant. C’est pas tout le monde au PLQ qui est d’accord, mais ça reste, au niveau du parti, que c’est un débat d’idées. Plus il y a de débat, plus c’est sain.

Mon but, en fait, c’est d’emmener un vent nouveau à Saint-Jérôme. Je ne veux pas utiliser le mot changement parce qu’il est rendu caviardé. Mais je pense qu’il faut emmener des nouvelles façons de faire.

Malheureusement, Saint-Jérôme a souvent été dans l’opposition depuis 20, peut-être que pour une fois…

J’ai croisé des gens durant la campagne, des organismes qui font du travail de terrain intéressant, des gens qui me donnent le goût de m’impliquer à Saint-Jérôme. »

Vous avez le goût de vous installer dans la région?

« Je n’ai pas vraiment fait de plans au delà du 1er octobre, mais je peux vous dire avec certitude que ce n’est pas la dernière fois qu’on m’aura vu m’impliquer dans la région. »

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