Élections, Personnes, Politique

Face à face avec Ève Duhaime de Québec solidaire: « Nous, on va faire de quoi »

Les électeurs de la circonscription de Saint-Jérôme éliront le 1er octobre le député qui les représentera à l’Assemblée nationale. TopoLocal vous permettra de suivre la campagne électorale jusqu’aux résultats finaux le soir du vote.

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Nous rencontrons les quatre candidats des partis qui comptent présentement des élus à Québec, soit la Coalition avenir Québec(CAQ), le Parti libéral du Québec(PLQ), le Parti québécois(PQ) et Québec solidaire(QS).

Ces entrevues vous permettront d’en savoir un peu plus sur les personnes qui se présentent, sur les motifs qui les incitent à faire de la politique, de leurs choix pour le Québec et enfin, sur leurs priorités pour la région. L’entrevue qui suit a été réalisée avec la candidate de Québec solidaire Ève Duhaime, le 6 septembre.

On va se livrer à un exercice de spéculation. Vous devenez députée de Saint-Jérôme. Quelle est la liste des priorités sur votre bureau le premier matin où vous vous mettez au travail?

« L’enjeu le plus important pour Saint-Jérôme, c’est la santé.

L’augmentation démographique est importante dans les Laurentides, et à Saint-Jérôme particulièrement. La population est vieillissante. Les gens viennent s’installer ici pour avoir une meilleure qualité de vie.

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Tout cela fait que notre hôpital est surchargé. Les infirmiers et les infirmières sont épuises. J’ai parlé à des employés de la CSST qui m’ont dit qu’il y a dans le personnel hospitalier des gens qui ont besoin d’aide, qui sont en épuisement.

J’ai siégé sur le comité des résidents du CHSLD Villa Soleil, où loge ma mère. De concert avec la direction, nous avons fait des efforts et réalisé certaines améliorations pour en faire un meilleur milieu de vie. Il y a des jardins, il y a de la musique, etc. Il y a une belle complicité. Mais encore une fois, il manque de soins. Les usagers sont inquiets et les employés sont devenus difficiles à recruter. L’impact de la réforme Barrette, c’est que les gens ne veulent plus fonctionner dans ce système déshumanisé.

Ils ont appliqué des modes de fonctionnement pour en arriver à une rentabilité financière, avec des minutages qui forcent les employés à ne plus être près de leurs patients, ni même de les connaître.

Au niveau des CLSC, c’est la même chose. On a coupé, les gens qui ont des services à domicile étaient habitués de voir la même personne, ce qui est devenu rare. On a recours aux agences plus que jamais alors il y a vraiment une détresse, autant chez le personnel que chez les patients. Il faut agir là-dessus.

Services locaux

Pour nous, à Québec solidaire, l’agrandissement de l’hôpital de Saint-Jérôme c’est un enjeu important, mais il faut aussi des soins de première ligne, et en revenir aux CLSC et aux cliniques de proximité.

Il faut salarier les médecins pour qu’ils aillent partout dans le Québec. On les forme, ces médecins-là, il faut arriver à avoir des médecins partout.

Somme toute, pour Saint-Jérôme, une médecine à visage humain. C’est quelque chose qu’on a déjà connu, il n’y a pas si longtemps. Le système de santé au Québec a déjà été assez bon. Mais avec toutes les réformes, il souffre d’instabilité et d’épuisement. Pourtant c’est rempli de bonnes personnes! Ça s’arrange tout ça, mais il faut écouter les gens de la base. Il faut absolument dégager l’hôpital grâce à des soins de première ligne.

Notre parti veut aussi renégocier avec les médecins spécialistes: il y a eu de l’abus. Et il y en a des médecins qui ne sont vraiment pas en accord avec les conditions accordées par les libéraux.

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Les soins dentaires publics et universels aussi doivent être gratuits. Il est temps qu’on ait un régime d’assurance dentaire gratuite et universelle. Aujourd’hui, des enfants se retrouvent en chirurgie parce qu’ils n’ont pas eu de bons soins dentaires, donc il y a un coût à ne pas couvrir les frais dentaires de base.

Ensuite, à Saint-Jérôme il y a un problème particulier, il y a beaucoup de logements insalubres. Les logements de qualité ne sont pas abordables. Alors mon engagement, ce sera de me battre pour une offre accrue de logements abordables et salubres. Oui, ça prend des coops, des logements sociaux, mais ça prend aussi des appartements de qualité, et les gens ne devraient pas être obligés de se mettre à quatre dans un logement pour arriver. Il y a un problème là.

J’ai rencontré hier le Carrefour d’action populaire, ces gens-là connaissent les besoins. Les personnes qui cherchent du logement sont des citoyens à part entière, et ils ont droit à un logement de qualité.

Premièrement, on va agir, le maire Maher avait d’ailleurs promis ça. On veut aussi faire des ajustements au niveau de la fiscalité municipale, offrir aux propriétaires de logements de l’aide afin de changer la donne pour que les logements soient plus abordables et surtout salubres pour les personnes dans le besoin. On a un plan là-dessus.

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C’est aussi devenu urgent d’assurer un financement adéquat aux organismes communautaires. Ici, on a les quartiers généraux de beaucoup d’organismes. Ça fait 40 ans que je travaille dans ce milieu-là.

C’est une grosse part de ma motivation de faire de la politique. Tant qu’il n’y aura pas au gouvernement des gens qui sont près du peuple, qui connaissent la réalité, on ne prendra pas soin de ces gens-là. 

Depuis 7 ans maintenant, notre tissu social est en train de perdre de sa force, alors que le Québec était exemplaire à ce niveau-là. De plus, il y a une majorité de travailleuses là-dedans, des femmes, qui, comme dans l’enseignement, comme dans la fonction publique, écopent sur le plan des conditions de travail.

C’est un secteur d’activités important: on y trouve des cuisines collectives, des lieux de rencontre et de partage, il s’y développe finalement une économie sociale, mais aussi ces organismes contribuent à créer une culture, un ancrage dans la vie collective qui est important. C’est important de rapprocher toute notre communauté avec tous les défis qu’il y a.

Services locaux

L’antidote à tout l’éclatement actuel, c’est de resserrer notre communauté. »

Et le transport? La congestion routière? Les autoroutes bloquées?

« Québec solidaire met l’accent sur le transport collectif structurant. Dans le concret, ça veut dire des transports publics efficaces à moitié prix, et moins de voitures. Notre façon de faire actuelle, c’est bon seulement pour les pétrolières et les constructeurs de voitures. 

D’abord, il faut améliorer le transport local dans les quartiers, mais il faut aussi en arriver rapidement à une baisse de tarifs de 50% dans les transports collectifs. Que ce soit à Saint-Jérôme, pour aller à Montréal, pour aller dans le nord, il suffit de prendre l’autobus pour réaliser que c’est plein. Moi, je n’ai pas de voiture, je prends l’autobus et je prends le train!

À Saint-Jérôme, on dit souvent que les autobus sont vides: les gens ne veulent pas les prendre parce que c’est trop cher! Ils n’ont pas les moyens.

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Il y a chez les gens une conscience environnementale, les gens savent que ça réduit les gaz à effet de serre d’utiliser le transport en commun. Il suffit simplement de le rendre plus accessible. Le transport adapté aussi. C’est simple: c’est trop cher!

C’est le même chose pour les gens handicapés. Ils choisissent de rester chez eux. Quand mon père est allé à Québec pour obtenir le tout premier transport adapté pour les handicapés de Saint-Jérôme, le but était de permettre aux gens de sortir de chez eux. Ce serait bête qu’ils ne sortent pas parce que c’est trop cher.

NDLR:Le défunt père de la candidate, Jean-René Duhaime, rendu quadriplégique à la suite d’un accident de la route, a été un important militant pour la cause des handicapés à Saint-Jérôme.

Au niveau de l’économie, il faut accorder un appui particulier aux entreprises locales innovantes. Le mot innovantes, ça doit aller dans le sens local. Des entreprises respectueuses de l’environnement, qui gardent leur monde, qui créent de l’activité économique locale. Comme cela on crée un tissu social serré. On met l’accent sur l’innovation sociale et l’innovation écologique parce que nous à Québec solidaire, on veut vraiment réussir cette transition environnementale parce qu’elle est essentielle.

On a des entreprises d’avant-garde, les autobus Lion, pour ne nommer que celle-là. Mais aussi des entreprises qui sont à l’avant-garde socialement. J’ai rencontré dans le temps des Fêtes un entrepreneur local qui accueillait tous ses employés à la brasserie Dieu du Ciel: des gens locaux, dans des entreprises locales, c’est ça aussi innover pour améliorer le tissu social, bien traiter ses employés.

C’est sûr que le 15$ l’heure (la hausse du salaire minimum préconisée par Québec solidaire) va dans ce sens-là aussi. Parce que tout le monde a droit de bénéficier de ce que l’économie locale leur offre. On est rendus là en 2018.

Notre parti prévoit des sommes pour appuyer les entreprises qui auront à faire la transition. Les entreprises dans des secteurs où les salaires sont bas auront besoin d’un coup de pouce. On veut soutenir les agriculteurs. On veut que le casse-croûte Chez Johnny reste ouvert. On va soutenir la transition dans toutes les petites entreprises locales, pour que tout le monde puisse en bénéficier.

Je crois aussi qu’il est important de soutenir les initiatives locales en matière d’alimentation. La réalité, c’est qu’il y a des déserts alimentaires à Saint-Jérôme, des endroits où la nourriture manque. Des organismes comme Les serres de Clara, les Incroyables comestibles, les Jardins du centre Notre-Dame méritent d’être supportées et développées davantage.

Ce sont des initiatives citoyennes qui permettent à des gens d’avoir accès à certains aliments qu’ils ne peuvent tout simplement pas acheter. Mais il faut aller plus loin. À long terme, il faut pratiquer la permaculture, plus respectueuse de l’environnement, et aussi s’efforcer de produire les aliments à proximité de là où on les consomme, ce qui est bon pour l’environnement.

Ça rejoint aussi une préoccupation qui m’est chère: le maintien du tissu social. Des gens qui collaborent ensemble à se faire un jardin, ça crée des liens, et ça fait une communauté vivante.

Il faut aussi se donner des installations et des moyens. Renforcer le tissu social, c’est aussi favoriser l’agrandissement du campus de l’UQO, pour que de plus en plus de gens de chez nous puissent faire des études universitaires à proximité. Et donner aussi le feu vert à la construction d’une nouvelle bibliothèque à Saint-Jérôme, car on sait qu’une bibliothèque bien aménagée et bien équipée va devenir le coeur d’une vie culturelle enrichie. »

Vous êtes originaire de Saint-Jérôme?

« Je suis née à Saint-Jérôme, mes parents étaient militants. C’étaient des personnes instruites, cultivées et surtout engagées.  J’ai eu un papa qui s’est beaucoup investi à l’Association des handicapés, qui est tristement tenue à bout de bras sur une base bénévole. 

Mon père a été une inspiration pour moi. Ma mère s’est aussi beaucoup impliquée à Mirabel, quand le gouvernement a voulu faire une expropriation complètement démesurée qui a nui aux agriculteurs. Elle a milité, à l’époque, à Tricofil.

NDLR: Une usine de textile prise en charge par une coopérative d’employés dans les années 1970 à Saint-Jérôme.

Mes parents avaient beaucoup voyagé et croyaient à l’impact de la culture sur une communauté. Ma mère a aussi été active au sein de la première télévision communautaire de Saint-Jérôme.

Pour ma part, j’ai beaucoup travaillé dans les milieux communautaires, mais auparavant j’ai aussi travaillé pour Air Inuit, j’ai été cuisinière au Cirque du Soleil, j’ai aussi été de la première cuvée des étudiants en gestion hôtelière dans les Laurentides.

Maintenant je travaille avec des jeunes. Souvent en réinsertion, dans ces cafés de rue, dans des projets artistiques, où mon travail consistait à demander aux jeunes d’identifier leurs objectifs de vie et à se prendre en main pour les réaliser.

On leur ensigne qu’ils ont le droit de parole, le droit de s’exprimer, et puis ensuite, comme toute la population, on s’aperçoit qu’ils ont été bafoués. Alors maintenant, il faut qu’il y ait un parti politique qui respecte la démocratie, comme Québec solidaire. »

Vous avez choisi de faire de la politique…

« J’étais dans le milieu communautaire, et j’étais confrontée continuellement à des décisions politiques qui nous déchiraient. Pourtant, un milieu communautaire financé adéquatement, ça allège le fardeau des hôpitaux, ça allège le système juridique, et ça fait des citoyens qui sont autonomes et qui prennent part à la société.

Nous croyons que ces organismes ont besoin d’un financement qui correspond à leur mission. J’ai marché à leurs côtés, nous sommes allés encercler le parlement à Québec pour bien faire comprendre aux parlementaires que c’est essentiel. »

…et vous avez choisi Québec solidaire.

« Je pense que notre parti est le seul susceptible de redonner le pouvoir aux gens.

Les gens aujourd’hui sentent qu’ils n’ont plus de pouvoir. La démocratie a mangé plusieurs coups depuis quelques années. Le participation citoyenne a été affaiblie. On avait auparavant plus de gens sur les conseils d’administration du CSS, on avait un conseil régional de développement, une vraie Conférence régionale des élus fonctionnelle. Il faut renverser cette tendance.

On a une ville qui vaut la peine, on a une belle histoire, on a des citoyens solides, des jeunes familles qui veulent du temps et de l’argent pour pouvoir s’impliquer. C’est une des raisons pour lesquelles Québec solidaire veut assurer une véritable gratuité entière dans l’éducation, du CPE jusqu’à l’université.

J’ai assisté à la Table des préfets. Les demandes des citoyens sont claires: mobilité, retrouver notre identité régionale, prendre soin de notre environnement, prendre soin de notre secteur public. C’est clair et c’est bien nommé.

Il n’est pas trop tard. On a développé la participation citoyenne, on a donné aux gens la parole, mais il faut se dire, collectivement, que les façons de faire actuelles ne fonctionnent plus, on va en utiliser une autre. Et on va être ensemble.  

Le 1er octobre, au lendemain des élections, les gens vont dire aux politiciens: Vous êtes là maintenant, alors faites de quoi! Nous à Québec Solidaire, on va faire de quoi. »

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