Élections, Personnes, Politique

Face à face avec Youri Chassin de la Coalition avenir Québec: «L’économie doit servir la politique»

Les électeurs de la circonscription de Saint-Jérôme éliront le 1er octobre le député qui les représentera à l’Assemblée nationale. TopoLocal vous permettra de suivre la campagne électorale jusqu’aux résultats finaux le soir du vote.

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Nous rencontrons au moins les quatre candidats des partis qui comptent présentement des élus à Québec, soit la Coalition avenir Québec(CAQ), le Parti libéral du Québec(PLQ), le Parti québécois(PQ) et Québec Solidaire(QS).

Ces entrevues vous permettront d’en savoir un peu plus sur les personnes qui se présentent, sur les motifs qui les incitent à faire de la politique, de leurs choix pour le Québec et enfin, sur leurs priorités pour la région. L’entrevue qui suit a été réalisée avec le candidat de la CAQ Youri Chassin, le 23 août.

On va se livrer à un exercice de spéculation. Vous devenez député de Saint-Jérôme. Quelle est la liste des priorités sur votre bureau le premier matin où vous vous mettez au travail?

« Bonne question. Il y a cinq enjeux locaux qui m’apparaissent essentiels.

D’abord, le dossier de l’hôpital, dont on a parlé abondamment. L’engagement ferme de François Legault, c’est de procéder tout de suite, le plus rapidement possible, à l’agrandissement de l’hôpital de Saint-Jérôme. Au delà des 200 M$ déjà engagés, notre engagement, c’est de réaliser le plan de 443 M$ au complet.

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On sait qu’un projet de cette envergure va prendre un certain temps, alors si on veut que ça aboutisse, il faut tout annoncer tout de suite, c’est notre engagement.

Le second thème qui m’apparaît prioritaire, c’est l’éducation. C’est un problème dans tout le Québec. Les jeunes qui ont des troubles d’apprentissage doivent recevoir des services tout de suite, dès qu’ils sont diagnostiqués. C’est là que les interventions sont les plus efficaces.

Il ne faut pas perdre de temps parce que ça conditionne tout le reste de leur apprentissage. Alors il faut un accès plus rapide pour tous les jeunes. Les maternelles 4 ans, sur une base entièrement volontaire, seraient des outils formidables pour nous permettre de dépister et d’intervenir tôt.

En troisième lieu, le transport. Il faut augmenter la fiabilité et la fréquence du train de banlieue, et bien sûr désengorger l’autoroute 15.

Services locaux

Le quatrième enjeu, c’est le développement de l’économie, pas seulement parce que c’est une passion personnelle, mais parce que, comme je l’ai déjà dit, attirer des entreprises, et créer des emplois payants, c’est aussi une façon de soulager la pauvreté comme on la connaît à Saint-Jérôme. C’est une roue qui tourne: le développement profitera aux individus et aux municipalités également.

Il y a plusieurs exemples de bonnes choses qui se sont faites depuis quelques années: il faut développer notre parc industriel et soutenir les industries innovantes.

En cinquième lieu, je fais écho à ma voisine de comté ( NDLR: la candidate caquiste Marguerite Blais dans Prévost ) en soulignant qu’il faut soutenir beaucoup mieux le maintien à domicile des personnes âgées.

Et une fois rendues en institution, il faut investir de façon majeure pour leur offrir des installations de qualité, pour que leur séjour en CHSLD soit meilleur qu’aujourd’hui. Je rencontre énormément de personnes âgées, et elles ont toutes peur de se retrouver dans un CHSLD. Sur ce plan, il faut absolument faire mieux.

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Enfin, après vous avoir dit que j’avais cinq priorités, j’en ajouterais peut-être deux, ajoute-t-il.

Le travail du député, en priorité, c’est de travailler avec le milieu, et je constate qu’on a un beau tissu communautaire à Saint-Jérôme. On a des organismes fantastiques qui font des jobs incroyables. Mon intention, c’est de soutenir tous ces gens, mon intention c’est de travailler avec tous les acteurs: les entreprises, le maire, les institutions publiques, et les groupes communautaires aussi.

Enfin, je complète ma liste en disant que j’entends porter les dossiers jérômiens au  national. Mon rôle sera celui d’un ambassadeur dynamique et efficace et d’obtenir des résultats. Voilà de quoi je veux parler pendant la campagne. Je veux me présenter comme un ambassadeur motivé et dynamique, pour faire avancer Saint-Jérôme qui a été délaissée par les libéraux pendant les quinze dernières années, on ne se le cachera pas.

On a besoin de faire avancer un certain nombre de dossiers rapidement pour faire un vrai changement. C’est mon intention. »

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Youri Chassin, vous vous sentez jérômien?

« Mon prénom est Youri, mais je n’ai aucune origine russe! C’est comme ça que débutent beaucoup de mes conversations. Il faut dire que j’ai une mère originale!

C’est pas un nom très répandu, mais elle m’a donné ce nom-là que je porte fièrement et qui me permet finalement un peu de me faire connaître sans confusion. Mon nom de famille, Chassin, vient de ma mère, qui était française d’origine. Mon père était québécois, je suis donc issu de ma mère immigrante et de mon père originaire d’ici.

Je suis né à Sainte-Agathe, j’ai grandi dans les Laurentides, à Val-David plus précisément, je dirais jusqu’à environ 11 ans. Ensuite j’étais pensionnaire à Montréal pour l’école, mais je revenais les fins de semaine.

J’ai passé mon enfance dans le bois, avec toujours une forêt derrière chez nous. J’ai cet amour de la nature qu’on a dans les Laurentides. C’est sûr qu’il y a au fond de mon âme un petit gars des Laurentides. De Saint-Jérôme, non. Mais des Laurentides, oui! Absolument.

Services locaux

Par la suite j’ai étudié et j’ai travaillé. Comme économiste, mes employeurs et mes clients étaient à Montréal.

Pourquoi Saint-Jérôme? Parce que effectivement les Laurentides m’appellent. Il y a cet élément-là qui me ramène un peu à mes sources.

C’est une perspective très personnelle, mais je crois qu’il y a à Saint-Jérôme cette identité forte de gens qui sont là depuis toujours, puis à la fois cet accueil de plein de nouveaux Jérômiens – je crois qu’il s’en est ajouté 15 000 dans les 15 dernières années – ce qui me fait dire que la possibilité d’adopter Saint-Jérôme c’est une belle chose. Moi je me présente donc comme candidat aux élections, je ne demande rien de plus que d’être adopté par les Jérômiens. »

Pourquoi devenir un économiste?

« C’est la politique qui m’a amené à l’économie. Avant ma maîtrise en économie, j’ai d’abord fait un bacc. en politique et économie, à l’Université de Montréal.

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Je me suis dit que ce serait intéressant d’avoir les deux visions, et j’ai trouvé que l’économie fournit une grille d’analyse fascinante pour comprendre les politiques. Afin de décider comment un gouvernement peut agir de façon efficace et réussir à atteindre ses objectifs.

C’est bien d’avoir des bonnes intentions mais il faut surtout atteindre ses objectifs: l’économie nous sonne des outils sur ce plan-là et c’est pour ça que j’ai choisi l’économie, parce que j’étais intéressé aux politiques publiques depuis mon tout jeune âge.

À 19 ans, j’ai commencé à m’engager dans des mouvements étudiants et à représenter les étudiants, jusqu’à être vice-président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, la défunte FEUQ. ( NDLR: La FEUQ est dissoute depuis 2015. )

Ça m’a passionné la politique, d’abord l’éducation, évidemment – et le ministre de l’Éducation à l’époque, c’était François Legault – mais l’ensemble de la politique m’a toujours intéressé, surtout dans le contenu plutôt que dans la game de la partisanerie, on ne s’en cachera pas. Je suis d’ailleurs beaucoup plus intéressé par l’économie politique que par l’économie financière. »

On a parfois l’impression que l’économie est un système brisé, autant pour des idéaux d’organisation sociale que pour des besoins concrets comme l’environnement, par exemple. On vous dit de droite… Y a-t-il des fondements économiques que vous avez le goût de remettre en question?

« Je vais aborder cela en parlant de l’étiquette de droite dont on m’affuble parfois. D’abord, en politique, je n’ai jamais très bien compris pourquoi on fait cette différence entre la droite et la gauche…

Mais je vais nuancer: je ne vis pas si mal avec cette étiquette-là parce que oui, économiquement, je suis plus à droite. Mais socialement, je suis plus à gauche. C’est pour cela que je dis non à l’idée de me définir comme étant de droite, justement parce qu’il y a des nuances.

Mais en même temps, je pense qu’il faut avoir une certaine ouverture. Il faut écouter ses opposants, car ils ont souvent des arguments valides qui peuvent nous apprendre des choses.

Je me définis d’abord et avant tout comme un pragmatique, parce que l’importance que j’accorde aux résultats prend la place centrale dans ma réflexion politique, c’est la première chose.

Maintenant pourquoi être un peu plus à droite sur les questions économiques? Là on touche au modèle de l’économie de marché. Il y a dans l’économie de marché une possibilité de faire ses propres choix. D’avoir des opportunités, par exemple d’entreprendre.

Peu importe que ces projets soient à but lucratif ou pas, cela nous permet d’avoir des projets qui naissent au ras du sol, à la base. C’est la communauté qui s’organise, peu importe que ce soit une communauté d’investisseurs, de fournisseurs, d’entrepreneurs, d’employés et de clients. Et là, on répond à des besoins.

Est-ce que cette communauté-là roule seule, sans aucune intervention de l’état? Et bien non! Ça prend un système de justice, ça prend un certain nombre de fonctions pour assurer la sécurité, le droit de propriété, etc.

Quand ça fonctionne bien, il y a une tension créatrice entre l’intervention de l’état et l’économie de marché. Un ne va pas sans l’autre.

Il y a, chez les gens qu’on dit de droite ou qui se disent de droite, certains qui prétextent du réalisme et qui disent qu’on n’a pas le choix: “On doit créer de la richesse pour la redistribuer”, comme disait Bernard Landry.

Ma conception d’une économie vibrante, forte, qui vient de la base, c’est moins une résignation qu’une certaine dose d’idéalisme.

Je pense que c’est là le fondement d’une société où les gens sont maîtres de leur destin. Ils peuvent entreprendre quelque chose, ils peuvent se lancer en affaires, poursuivre leurs passions. On a des possibilités plus grandes quand on laisse les gens faire des choix plutôt que de leur commander un chemin tracé d’avance. »

Et comment fait-on pour avoir des citoyens maîtres de leur destin?

« Il faut les préparer, ces gens. C’est pour ça que j’insiste sur l’éducation, en général, et aussi à Saint-Jérôme. L’éducation c’est le meilleur ascenseur social: on a une certaine pauvreté à soulager à Saint-Jérôme. Que ce soit par l’éducation, que ce soit par l’ambition d’un Québec prospère,  je pense que c’est ainsi qu’on va aider les gens.

Quand je parle de développement économique, quand je parle de prospérité, je ne parle pas seulement d’avoir plein de millionnaires… Je ne parle pas juste des entreprises, je parle aussi, par exemple, de cette Jérômienne que j’ai rencontré qui gagne 25 000$ par année. J’aimerais donc qu’elle en gagne 35 000$. Ça ne révolutionnerait pas le PIB, mais pour elle, sa vie serait complètement changée.

L’idée de la prospérité économique, on l’entend beaucoup dans la bouche des entreprises, des lobbys d’affaires. C’est correct et c’est valable. Mais ça a aussi un impact humain. Elle est là, pour moi, la conception que je défends de la politique. »

L’autoroute 15 est engorgée. Les gens de votre circonscription vivent de près, tous les jours, la congestion. On ajoute des voies à l’infini ou incite les gens à moins utiliser leur auto?

« Il y a un risque de paternalisme quand on entend les politiciens de Montréal dire aux gens des régions que la voiture, c’est fini.

La voiture en région, c’est un peu plus essentiel que dans une grande métropole où on a des options, incluant un métro. Les villes ont une densité de population qui justifient le transport en commun, ce qui n’est pas toujours la réalité dans le Nord.

On a la chance d’avoir un petit côté urbain à Saint-Jérôme qui aide à avoir un transport en commun, même si le service est plus limité que dans une métropole.

Oui au transport en commun, mais il faut aussi considérer nos autoroutes. Peut-être que si on les élargit, on fait seulement gagner du temps et pelleter le problème par en avant, car éventuellement, ça va se réengorger.

Et si effectivement ça se congestionnait de nouveau, c’est peut-être parce qu’il y aurait plus d’entreprises, plus d’emplois, plus de personnes. Il y aurait quand même un gain. Si on fermait la 15 demain matin, c’est clair qu’on étranglerait l’économie. C’est une idée absurde, mais ça démontre que des axes routiers qui fonctionnent bien, et qui sont décongestionnés, sont quand même importants.

C’est pour ça que nous à la CAQ, on dit qu’on ajoute une voie réservée jusqu’à Saint-Jérôme. Une voie réservée pour faciliter le transport collectif, et le covoiturage, ce qui aiderait beaucoup.

Il faut aussi s’intéresser à la fréquence et la fiabilité du train de banlieue, une question qui pour moi est importante.

En troisième lieu, il faut aussi mentionner que les gens de Saint-Jérôme auraient besoin de moins voyager s’il y avait plus d’emplois intéressants, payants, dans le secteur où ils habitent.

C’est là aussi que le discours économique devient important: Peut-on attirer des entreprises et des emplois payants? Je crois que la CAQ a des solutions de développement pour initier le changement, tout en respectant le rythme de la population. »

Saint-Jérôme est une ville de services qui compte beaucoup d’employés de l’État. Quand vous avez, dans le passé, parlé de privatisation à la SAQ par exemple, ou encore à Hydro-Québec, craignez-vous de vous heurter à des inquiétudes de certains des vos électeurs?

« J’ai effectivement exploré ces idées-là dans une optique précise. C’est la difficulté d’exprimer des idées un peu complexes: à partir du moment où on dit qu’on privatise, on n’entend plus que ça. C’est un piège dans lequel je suis tombé.

Mais l’intérêt, c’est d’avoir des services publics efficaces. De savoir ce que l’État doit se concentrer à améliorer, et de moins se concentrer sur ce qui est peut-être moins prioritaire.

Hydro-Québec, par exemple. Que ce soit public, moi je n’ai aucun problème avec ça. Que ce soit efficace, alors là c’est un impératif! Pourquoi? Parce que ça contribue puissamment à la prospérité de la société québécoise, et notamment aux finances publiques.

Par quels moyens? On peut en discuter. C’est là qu’il faut avoir une approche pratique et écouter les arguments des uns et des autres. D’ailleurs depuis quelques années, on sent de la part d’Hydro-Québec un souci d’avoir davantage de rentabilité.

La particularité des gens qui travaillent dans l’ensemble du secteur public, c’est qu’ils sont souvent les premiers à voir des exemples de gaspillage, de bureaucratie, de gens qui se réfugient derrière la procédure parce que personne n’est vraiment responsable.

Ils sont aux premières loges de ces inefficacités et de leurs conséquences sur les personnes.

Or, quand on supporte un lourd – un très lourd – fardeau fiscal comme c’est le cas chez nous, on s’attend au moins à des services de qualité.

Un exemple dans le domaine de l’éducation: on a bien sûr discuté avec beaucoup de commissaires quand on a parlé d’abolir les commissions scolaires.  Le but de cette idée, c’est de donner beaucoup plus d’autonomie aux écoles. Parce que les fonctionnaires ne connaîtront jamais aussi bien les besoins que le directeur, les professeurs et les parents d’élèves qui sont là, avec les deux mains dedans.

Le but, c’est que les écoles puissent mieux répondre aux besoins. Le moyen? Il y a une couche bureaucratique à l’heure actuelle qui ne fonctionne plus. Les élections scolaires ne sont plus, à mon avis, ni légitimes ni pertinentes.

Est-ce que ça veut dire remercier de leurs services les commissaires et les gens qui sont là actuellement? Non! Au contraire, on a besoin de ces gens issus de la communauté et désireux de s’impliquer.

Est-ce que les gens qui travaillent dans les commissions scolaires vont perdre leur job? Bien sûr que non. Il y a des écoles qui se regroupent pour avoir des services.

L’idée, c’est de changer le rapport de force. Il ne faut pas être naïf, il y en a des rapports de force. À l’heure actuelle, les écoles ressemblent beaucoup plus à des succursales des commissions scolaires qu’à des établissements où la commission scolaire viendrait appuyer leur mission. Nous à la CAQ, on veut renverser ça.

On veut avoir des centres de services partagés qui vont être au service des écoles. Ça change la dynamique, et ça change aussi la proportion du budget qui va aller en gestion versus la partie qui servira à donner des services. Ça c’est l’intention claire de notre part. Plus de ressources dans les services, moins dans l’administration. »

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