Opinions, Politique

Une démocratie en forme de tortue

Formation tortue, photo par Neil Carey

À titre d’éditeur d’un média local, ma plus grande préoccupation est de servir l’intérêt des citoyens du territoire que nous couvrons.

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TopoLocal ne fait pas seulement de la communication, TopoLocal fait aussi du journalisme. À travers les efforts de communication provenant de sources multiples, notre travail consiste à chercher sans relâche la vérité et l’exposer au public.

Notre média sert à répondre aux questions des gens avant tout, de tenter de leur expliquer ce qui se passe chez eux et de vérifier si ceux qui sont mandatés pour les représenter le font avec rigueur et compétence.

Ce n’est pas une tâche facile, pas toujours agréable non plus, mais c’est le métier que je fais et j’essaie de le faire de mon mieux. Je m’attends à la même intégrité quand je m’adresse à un chauffeur de taxi, un commis de dépanneur, un barbier, etc.

De surcroît, quand une personne a accepté un mandat public, j’estime qu’elle doit le respect à tous les citoyens qu’elle a décidé de servir et que de répondre à leurs préoccupations fait partie de la job, comme on dit.

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La tortue

Or, depuis que les questions sont moins agréables à poser, surtout pour les élus de la Ville de Saint-Jérôme, j’observe une stratégie de communication qui semble empruntée aux légions romaines: la formation tortue!

Le groupe des élus de la Ville de Saint-Jérôme, du moins ceux et celles qui n’ont pas quitté le parti Équipe Stéphane Maher – Vision Saint-Jérôme, se sont regroupés sous une carapace et ne disent plus un mot. Ils se comportent comme s’ils travaillaient pour une corporation privée et que le seul résultat qui compte, c’est le profit. Or, ils sont payés par les citoyens pour prendre des décisions en fonction du bien commun, pas seulement du bien de leur organisation.

Une augmentation pour moi et mes collègues

Quand le maire a augmenté son salaire et celui des conseillers, personne n’avait rien à dire. Il y avait des absents qui n’ont pas voté pour l’augmentation, mais qui n’ont pas voté contre non plus. Cette fois, le maire a parlé avant le début de l’assemblée du conseil, pour expliquer à ceux qui étaient présents qu’il ne ferait pas de commentaires. Il a parlé pendant 10 minutes. Il m’a semblé important d’enregistrer et de publier cette intervention pour la postérité.

Sans cette publication, on n’en aurait aucune trace parce que le maire n’a pas daigné non plus utiliser le service des communications de la Ville de Saint-Jérôme pour expliquer les raisons qui motivaient le fait de se donner une augmentation de salaire de plus de 20%.

Services locaux

Quand une deuxième conseillère membre du parti a quitté, TopoLocal a demandé à 10 personnes qui venaient de signer un communiqué commun de nous préciser certaines informations… Personne parmi tous ces élus, payés par des fonds publics, n’était en mesure de préciser la teneur exacte des mensonges qu’ils reprochent à la démissionnaire.

«C’est ça la nouvelle»

Depuis une dizaine de mois, il est devenu difficile pour nous de communiquer avec le maire de Saint-Jérôme. Cette difficulté coïncide avec la parution d’une entrevue donnée par Stéphane Maher à Charles Michaud, mon associé dans TopoLocal et mon père, publiée le 25 octobre 2017.

Charles y fait état d’une conversation qu’il a eue dans le bureau du maire avec Stéphane Maher. Il refusait d’expliquer pourquoi il avait écarté deux conseillers municipaux d’alors pour les remplacer par deux candidates sans expérience pour l’élection prévue le 5 novembre. Le maire était déjà élu puisqu’aucun autre candidat n’avait manifesté d’intérêt pour le poste.

À ce moment-là, le maire de la ville explique à un journaliste d’expérience ce qui, à son avis, constitue la nouvelle, à savoir qu’il vise la parité hommes-femmes au conseil municipal:

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Vous avez donc décidé qu’il y aurait deux candidats masculins en moins?

«Ben oui, c’est un calcul mathématique, six hommes, six femmes.»

Et les raisons qui vous ont fait choisir ces deux candidats plutôt que d’autres?

«Je ne veux pas commenter ça. Commenter, ça serait faire des affirmations, peut-être même non fondées. Je ne fais pas de commentaires là-dessus. C’est une décision. La nouvelle, c’est qu’on présente six hommes et six femmes. C’est juste ça la nouvelle.»

À ce moment, je pense que le maire croyait qu’on écrirait ce qu’il nous disait d’écrire plutôt que ce qu’il nous disait. Notre travail de média, d’intermédiaire, c’est de relayer l’information qu’on juge pertinente, pas celle qu’on nous dit d’écrire. Sinon, on briserait notre lien de confiance envers les lecteurs.

L’accès du public à la politique municipale

La Ville de Saint-Jérôme est aussi la seule parmi les cinq de la municipalité régionale de comté(MRC) de la Rivière-du-Nord à ne pas diffuser les assemblées du conseil municipal sur internet, alors qu’elle aspire à être identifiée comme la capitale régionale.

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Hors de la MRC, dans des villes de populations comparables au Québec, seules Repentigny et Saint-Jérôme ne diffusent ni ne rendent accessible le contenu des assemblées de leur conseil municipal en vidéo parmi un groupe de sept villes de taille similaire: Blainville, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Hyacinthe, Brossard, Drummondville et Granby.

Un gouvernement de proximité qui ne parle pas beaucoup

Depuis octobre, TopoLocal n’a pas réussi à s’asseoir avec le maire pour discuter d’un nombre important de sujets qui ont fait l’actualité depuis le début de son deuxième mandat à la Ville de Saint-Jérôme.

Nous menons tous des vies occupées, et il n’y a peut-être là que des occasions manquées… Mais je dois constater que de textos en courriels, aucune rencontre planifiée n’a pu avoir lieu avec le «premier citoyen» de la ville.

Entre autres sujets, une enquête en cours d’Élections Québec, qui met en cause plusieurs des élus de Saint-Jérôme, qui devrait un jour expliquer pourquoi deux candidats, Mario Fauteux et André Marion, ont été écartés de l’équipe au dernier jour du dépôt des candidatures lors de la dernière élection municipale.

Services locaux

Il y a maintenant un peu plus d’un an que la Loi visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs, issue du projet de loi 122, est en vigueur au Québec.

Avec mon expérience personnelle des dix derniers mois, je ne suis pas nécessairement rassuré de constater que le gouvernement du Québec augmente l’autonomie et les pouvoirs des municipalités. Chose certaine, il me semble inquiétant de laisser plus de pouvoir à Stéphane Maher et son équipe s’ils ne se montrent pas capables d’agir avec un minimum de respect et de transparence pour les citoyens… et ce n’est rien pour favoriser la confiance du public envers ses élus.

Mais en même temps, ça garde les journalistes occupés!

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