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Imaginez un instant que vous ne parlez pas la langue de votre nouveau pays

Imaginez arriver dans un pays étranger. Ne pas pouvoir s’exprimer. Deviner sans trop savoir ce que les gens disent. Ne même pas pouvoir lire les affiches.

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C’est le tout premier défi des nouveaux arrivants. Pour devenir membre d’une collectivité, pour fonctionner, gagner sa vie, se nourrir, élever ses enfants, se faire une vie, il faut parler la langue.

Dans le groupe de francisation avancé, les élèves sont trois aujourd’hui. Claude Deschênes est au tableau. Un vieux tableau noir, sur lequel on écrit avec de la craie. Rien à voir avec les tableaux blancs interactifs(les célèbres TBI) de nos écoles.

Le tableau est rempli de verbes, de mots, et de phrases. Dans un coin délimité par un carré dessiné à la craie, il remplit une liste de verbes. «Quel est le contraire de l’adjectif clair? -Foncé! suggère une élève.»

La discussion qui suit porte sur la différence entre clair et foncé, terne et lumineux; et les nuances qui distinguent le mot foncé du mot obscur.

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Nous sommes dans les locaux du COFFRET, un organisme qui loge dans une ancienne église de la rue Brière. L’acronyme désigne le Centre d’Orientation et de Formation pour Favoriser les Relations Ethniques Traditionnelles. C’est une organisation non gouvernementale, sans but lucratif. Le COFFRET se concentre, entre autres, vers l’immigration et l’intégration de familles réfugiées dans la grande région des Laurentides.

Pour apprendre le français qui est parlé à Saint-Jérôme

On y offre depuis plusieurs années des cours qui sont un complément aux cours de francisation offerts au Cégep de Saint-Jérôme et aussi au Centre de formation des adultes Marchand.

«Parfois ce sont des gens arrivés le jour même et qui ne disent pas un mot de français. D’autres sont allés au cégep et viennent pour s’améliorer», dit Claude Deschênes, l’un des enseignants bénévoles membres de l’équipe.

«Il y a deux classes. On est 3 ou 4 profs, selon le temps de l’année, à donner des cours bénévolement. Il n’y a pas de date de début ou de fin: les personnes intéressées peuvent se joindre au cours à n’importe quel moment et embarquent dans le courant. Beaucoup s’en servent comme préparation avant d’entrer aux cours de francisation comme tels.»

Services locaux

«Moi dans ma classe, celle du cours avancé, c’est surtout de la conversation française. Il n’y a pas de programme. Souvent ça commence tout simplement par Comment ça va? Quel est ton nom? …et le conversation s’engage.»

«Une langue ça s’apprend d’abord en parlant, donc, oui, il y a de la grammaire, mais on y arrive par la conversation. On parle de divers sujets selon ce que vivent nos participants, et si on tombe sur une expression ou des mots qui méritent d’être mieux connus, alors là j’explique les règles de l’utilisation du mot. Par exemple, les verbes qui reviennent souvent, parce que les temps de verbes c’est vraiment difficile!»

Une partie du groupe de francisation dans les locaux du COFFRET. On y trouve à l’avant Dionicia Fareras, originaire de la République dominicaine, Deisy Hamidah Tussifah, d’Indonésie, l’argentine Marie Elena Martin et Claudia Arias, de Colombie. Derrière se trouvent Carlos Suarez, du Chili, les profs Guy Sylvestre et Claude Deschênes, ainsi que Nasly Rojas, également de Colombie.

Une expérience enrichissante

«Je fais cela depuis ma retraite de l’enseignement, il y a 3-4 ans, dit Claude Deschênes.  J’adore ça! C’est très intéressant pour moi de communiquer avec ces personnes qui viennent de partout et qui ont toute une diversité de cultures et d’intérêts. Au fil du temps, j’ai rencontré des gens d’une vingtaine de pays. Quand je suis arrivé il y a trois ans, et que j’ai mis les pieds dans le local la première fois, il y avait 25 personnes dans le cours. Il y avait des gens qui étaient là depuis un an et d’autres arrivés le jour même.»

«Je crois sincèrement que c’est un cadeau extraordinaire que toute notre équipe leur fait. La première chose à faire en arrivant dans un nouveau pays, c’est d’apprendre la langue. C’est leur première difficulté: on imagine ce que ça représente de ne pas se sentir compris par personne, et de ne rien comprendre en retour.»

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Un cours, mais aussi un rendez-vous

«Dans nos cours, on parle de toutes sortes de choses, car ils sont curieux de tout découvrir. Parfois la conversation part des événements dans l’actualité, d’autres fois c’est par des jeux, ou encore simplement en regardant une carte du Québec.

Ça me fait dire qu’en plus d’être un cours de français,  je crois que c’est aussi un cours de socialisation. Imaginez un conversation entre une indonésienne, une guyanaise et une argentine, toutes récemment arrivés au Québec… Les voir découvrir et utiliser leur nouvelle langue commune. Il se crée des liens d’amitié chez nous. C’est vraiment plus que de la francisation qu’on fait.»

«Quand je suis arrivé ça me faisait penser aux anciennes écoles où l’on enseignait de la première à la sixième année en même temps. Le collègue qui m’avait invité, avec qui j’avais enseigné pendant plusieurs années, m’a rapidement convaincu que si on pouvait diviser la classe en deux, séparer les débutants des avancés, ce serait encore mieux. Imaginez! Il y avait dans le même groupe des gens qui avaient besoin de maîtriser la conjugaison de verbes et d’autres qui en étaient à l’ABC de notre alphabet!»

«On se divise maintenant le travail en deux groupes, mais trois ce serait encore mieux. On prend les gens là où ils sont rendus dans leur connaissance du français et on les fait progresser. Mais il nous faudrait des locaux. Je connais des profs qui seraient prêts à donner de leur temps si on pouvait en faire davantage.»

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La barrière de la langue

«C’est aussi difficile de rejoindre les personnes qui ont vraiment besoin de nous parce que ce sont justement des gens qui ne parlent pas français. Il faut donc que ce soient des voisins, des amis ou des membres de leur famille qui leur parlent de nos rencontres…

«Parfois on est 12 ou 15 par classe, mais présentement on n’est pas beaucoup. Ça dépend de l’immigration. Il n’y a pas si longtemps, on a eu une vague de nouveaux arrivants syriens et puis là, tout à coup, ils sont entrés au cégep, alors nos classes se vident.»

«Tant qu’à être là, on aimerait avoir plus de monde. Alors si vos lecteurs connaissent des gens qui ont besoin de francisation, il faut leur dire que nous sommes là. C’est gratuit. Et comme je disais, l’expérience est intéressante sur le plan pédagogique et humain.»

Les cours sont donnés les lundis et mercredis, de 9h30 à 11h.  Il y a un cours pour débutants et un cours avancé. Plus d’information en communiquant avec le Coffret.

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