Politique

Avec Lisée et le Parti québécois au pouvoir, les médecins n’augmenteront plus et l’histoire reviendrait au cégep

Jean-François Lisée devant les membres du Parti québécois des Laurentides, à Saint-Jérôme le 29 avril 2017.

Un gouvernement du Parti québécois(PQ) qui recevrait un mandat fort en 2018 gèlerait la rémunération des médecins comme première étape de la remise en état du système de santé.

Un système de santé dont le PQ reverrait de fond en comble l’organisation du travail, pour profiter davantage des compétences des infirmières, des pharmaciens et des autres professionnels de la santé.

Un gouvernement Lisée ré-introduirait aussi sur-le-champ l’enseignement de l’histoire au cégep. «Lorsque le gouvernement libéral a pris le pouvoir, le 6e jour après l’élection ils ont annulé le cours d’histoire au cégep. Le 6e jour de notre gouvernement, nous allons annoncer le retour des cours d’histoire!»

Un engagement pris par Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois, qui a été chaudement applaudi.

M. Lisée prêchait à des convertis. Il parlait devant les membres du parti réunis en congrès régional à Saint-Jérôme le 29 avril 2017.

Les militants provenaient de sept circonscriptions: Argenteuil, Bertrand, Blainville, Deux-Montagnes, Groulx, Labelle et Saint-Jérôme.

Un étapisme franc et assumé

Les propos du chef péquiste mettent la table pour la campagne électorale de 2018. Le nouveau chef adresse de plein front l’attaque habituelle voulant que le Parti québécois «cache» son option. Une stratégie fréquente de ses adversaires.

À ceux qui reprochent à son parti de mettre en veilleuse la souveraineté du Québec tout en continuant à parler d’indépendance, il a servi une analogie tirée du monde du sport.

«N’importe quel amateur de sport qui suit le repêchage et le déroulement des séries est capable de comprendre qu’on est indépendantistes, mais qu’on ne fera pas de référendum dans un premier mandat. Et que l’on va se donner un rendez-vous d’avance pour 2022. Pour ensuite demander aux gens de dire oui au référendum qui suivra.»

«Moi je fais confiance à l’indépendance, et à l’intelligence des Québécois. Mais il faut le dire! Il faut assumer complètement nos décisions. Il faut ne rien cacher. Oui, on a décidé de respecter le rythme des Québécois pour le premier mandat. Oui, nous allons vous poser une question un peu plus difficile en 2022. On va tenir parole. Y’aura pas de surprises!»

«Nous avons décidé collectivement que nous allons prendre le temps de gagner, et pour gagner, pendant que le temps se déroule, il faut augmenter le nombre d’indépendantistes. On va l’augmenter en 2018 et en 2022.»

Gagner en 2018

Quelle sera la grande question de l’élection 2018? Il est encore tôt, avoue-t-il. «Peut-être qu’il y aura un bouleversement imprévu, mais si ça se faisait maintenant, ce serait: Qui va remplacer le gouvernement libéral?»

Monsieur Lisée estime que le PQ détient un net avantage sur la Coalition avenir Québec. Les 70% de francophones qui veulent un changement vont regarder leurs options qui seront, d’une part, le PQ, avec ou sans alliance avec Québec solidaire, et d’autre part la CAQ.

«Les gens voudront, ajoute-t-il, un gouvernement honnête et compétent. À la CAQ, il y a un premier ministre potentiel, au PQ aussi, il y a un premier ministre potentiel. Au PQ, il y a un gouvernement potentiel. Mais où est le gouvernement potentiel de la CAQ? C’est ça le grand problème de la CAQ.»

«Pas cette gang-là!»

«La volonté fondamentale des Québécois en ce moment, c’est de renverser les libéraux.»

«Je ne veux pas dire du mal de l’histoire du Parti libéral. Vous m’avez même déjà entendu citer Jean Lesage! Des fois je dis même un peu de bien de Bourassa! Le Parti libéral a fait de grandes contributions à l’histoire du Québec, et en fera plus tard, probablement. Mais pas cette gang-là.»

«Cette gang-là fait mal à la marque de commerce libérale, et il faut envoyer cette gang-là dans l’opposition pendant deux ou trois mandats, au moins!»

Un bon gouvernement

La cuvée 2018 s’appelle un gouvernement honnête et compétent, mais tout ressemble au projet de «bon gouvernement» qui a valu au Parti québécois sa victoire historique de 1976, un sommet que la parti n’a jamais égalé.

Les Québécois n’ont pas besoin d’une autre Baie James ou qu’on leur promette la lune, a dit M. Lisée, mais ils veulent un gouvernement qui règle les questions fondamentales.

«Ils ont mal à leur santé, à leur éducation, à leur identité, à leur justice.»

Ses choix en santé étant clairs, le chef péquiste a dit que son parti dévoilera dans les prochains mois ses projets en éducation, un dossier sur lequel planche actuellement Alexandre Cloutier.

Des consensus identitaires

Quant aux questions d’identité, M. Lisée estime que «l’absence de décision» des libéraux fait mal.

«Ce n’est pas le temps de créer des nouvelles commissions d’enquête, on en a eu en masse. Dans la foulée de l’attentat de la mosquée de Québec, Philippe Couillard aurait dû saisir l’occasion de clarifier les choses, affirme-t-il. Ç’aurait pu être le plus beau moment de son mandat.»

«L’égalité entre les hommes et les femmes, au Québec, c’est non négociable! Aucun accommodement religieux ne devrait être accepté s’il enfreint l’égalité des hommes et des femmes.»

M. Lisée affirme qu’il existait un consensus entre le PQ, les libéraux et la CAQ sur bon nombre de questions, un consensus qui aurait pu donner un vote unanime si tout le monde avait accepté de faire des concessions. «Nous et la CAQ étions prêts», a-t-il rappelé.

«On est en politique pour servir le bien commun. Un vote unanime sur les signes religieux, à ce moment-là, aurait apaisé les tensions. Je vous le dis: dans les deux premières années d’un gouvernement péquiste, ça va être derrière nous.»

Un retour vers le futur

À bien des égards, cette rencontre de militants rappelait les origines du Parti québécois. Un chef pédagogue et communicateur, le désir de former un bon gouvernement, et le besoin pressant de rallier plus de gens à la cause.

(Il y avait même un tableau et de la craie, comme au temps du fondateur René Lévesque, quoique complémenté par un écran numérique.)

Puisqu’on rappelle l’histoire du parti, il faut admettre que simplement évoquer l’étapisme irrite certains péquistes. Mais il n’en demeure pas moins que le «chemin des victoires» tracé par Jean-François Lisée ressemble au parcours qui a précédé les deux référendums où les Québécois ont dit non à l’indépendance.

Pour espérer retrouver l’élan de cette époque et dépasser le seuil de la majorité, l’itinéraire du PQ semble tracé d’avance. Bien gouverner. Faire la paix sur les questions d’identité. Et, en chemin, regagner l’appui des jeunes et des ethnies.

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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