Personnes, Politique, Topos

Une conversation avec Rhéal Fortin

Avocat, Rhéal Fortin est le candidat du Bloc québécois dans Rivière-du-Nord.

À l’approche des élections fédérales, cinq des six candidats ont accepté de nous rencontrer pour une entrevue.

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Nous avons voulu aller au-delà des plateformes des partis politiques et permettre à nos lecteurs d’en apprendre davantage sur les personnes qui sollicitent le mandat de les représenter à Ottawa.

Le texte qui suit résume notre conversation avec Rhéal Fortin, le candidat du Bloc québécois du chef Gilles Duceppe.

Qu’est-ce qui vous attache à Rivière-du-Nord?

«Je suis né à Laval-des-Rapides et j’y ai grandi. C’est là que j’ai fait mes études jusqu’au secondaire. J’ai quitté Laval à 21 ans et je me suis toujours senti chez moi dans les Laurentides. Au fil des ans, j’ai habité à divers endroits dans la région, de Sainte-Anne-des-Plaines à Sainte-Anne des Lacs. Depuis 15 ans, j’habite Saint-Sauveur. Et je pratique mon métier d’avocat à Saint-Jérôme.»

Une famille normale

«Je viens d’une famille modeste, ouvrière, normale, pour ainsi dire. Mon père était opérateur chez Kraft, le fabricant de produits alimentaires, et travaillait sur une chaîne de production. Ma mère a élevé ses enfants à la maison pour ensuite travailler à la cafétéria du campus de l’école que nous avons fréquentée, mes frères et soeurs et moi, à Laval. On n’a pas été élevés dans l’opulence, mais j’ai eu des parents extraordinaires. C’était une maison heureuse, on ne manquait de rien.»

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Vous avez décidé de devenir avocat…

«En fait, je suis arrivé au droit après quelques années sur le marché du travail. J’avais commencé a travailler à 18 ans, après une session de cégep en électronique. Mais c’était pas du tout ma branche. J’ai travaillé dans une usine de la compagnie BASF à Laval de 1977 à 1985. C’était assez bien payé, et je n’y étais pas malheureux, mais je souhaitais faire autre chose de ma vie. J’étais attiré par la pratique du droit, mais j’avais des enfants, alors le retour aux études, l’inscription, les prêts étudiants, tout ça me paraissait compliqué.

Malgré cela, un jour je me suis dit que j’en aurais le coeur net. Je me disais, au fond, que je ferais une demande à l’université et que je m’ajusterais à partir des raisons qu’ils donneraient pour me refuser. J’ai fait une demande, choisissant l’Université de Sherbrooke tout simplement parce que mon beau-frère y était allé et m’avait vanté les vertus de la ville. Mais ils m’ont accepté! Et du même coup, j’ai reçu une offre pour ma maison, que j’avais mise en vente. Donc en l’espace de deux semaines, j’étais accepté en droit et j’avais une offre sur ma maison. Les astres étaient alignés!

J’ai fait mon stage en droit dans un bureau de Laval, mais j’ai vite été attiré par les Laurentides, sans trop savoir pourquoi. Je me suis d’abord trouvé un emploi dans un bureau d’avocats de Sainte-Agathe pour me retrouver, finalement, en 1993, à Saint-Jérôme, dans un bureau qui s’appelait à l’époque Ross et Geraghty. J’y suis depuis maintenant 22 ans.»

Vous êtes maintenant un gars de la place…

En riant: «Oui! Je crois bien, quoique parfois quand on jase avec les gens qui sont ici depuis longtemps on a l’impression que ça prend deux ou trois générations pour se qualifier… Mais, oui, je me sens chez nous ici, je suis heureux d’être là.»

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Et le goût de la chose publique, ça fait longtemps?

«Je me suis toujours intéressé à la politique. J’ai d’ailleurs une vieille photo de l’époque de mon secondaire 4, où j’avais un jacket en jeans avec une fleur de lys, et je posais des pancartes pour le PQ. En tout cas, c’était déjà clair que j’étais souverainiste! Je me souviens, dans le cadre d’un cours sur les patriotes de 1837, d’avoir joué le role d’Amédée Papineau, le fils de Louis-Joseph Papineau. J’étais déjà plus qu’intéressé, je me souviens d’avoir épluché plusieurs livres et multiplié les déplacements pour en apprendre davantage. J’étais déjà convaincu que le Québec a besoin de devenir un pays, qu’il fallait qu’on travaille là-dessus.

Avec les années, je suis resté militant et mes fonctions ont évolué. En 1989, c’est la première fois que je devenais président d’une association de comté au PQ, dans Terrebonne, le comté de Jocelyne Caron. À l’époque j’habitais à Sainte-Anne-des-Plaines et je m’occupais de l’organisation électorale dans cette ville.

Son adversaire était Robert Thérien, qui a été maire de Sainte-Anne-des-Plaines et, plus tard, député de Rousseau. Par la suite, je suis déménagé à Saint-Jovite et me suis impliqué aussi avec le PQ là-bas, alors que le comté était représenté par Jacques Léonard.

Plus tard, je suis devenu président régional et j’ai finalement siégé au bureau national du Parti québécois.»

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Mais vous avez pris un temps de recul…

«Durant une certaine période, ma vie personnelle a changé et je me suis retrouvé avec la garde de mes enfants, donc j’ai mis la politique de côté. Mais les enfants ont vieilli, et comme on dit: Chassez le naturel et il revient au galop! Je me suis retrouvé président du PQ de Prévost du temps de Lucie Papineau, pour finalement poser ma candidature à la nomination du parti en 2008.» (NDLR: Une course qu’il allait perdre au profit de Gilles Robert, élu député plus tard, en 2009.)

Vous avez donc subi une défaite…

«Ç’a été une expérience inoubliable, extraordinaire, même. Et je ne regrette rien. Mais c’est dur! Quelle affaire de fous! Je suis convaincu que ce fut difficile pour chacun de mes quatre adversaires, sauf peut-être pour Gilles Robert, qui a gagné. En fait, ce fut certainement tout aussi difficile pour lui, mais la victoire, ça compense…

Malgré la défaite je me suis fait des amis, et j’ai découvert des gens dévoués à une cause que je partageais. J’ai vu des gens s’impliquer bénévolement pendant des mois! Les gens travaillaient d’arrache-pied.

Un soir que j’avais décidé de me donner un rare congé, j’étais assis devant le téléviseur et j’ai reçu un appel d’une des bénévoles de ma campagne. Elle faisait du pointage et avait besoin d’information. Et j’ai soudainement ressenti une sorte de sentiment de culpabilité d’être inactif alors que des personnes bénévoles travaillaient pour moi.

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Ce sentiment a rendu la défaite dure à avaler parce que, d’une certaine façon, je sentais que je n’avais pas livré. Je me sentais responsable vis-à-vis tous ces gens qui avaient travaillé. Mais malgré tout, avec le recul, ça a été une expérience formidable.

Ce fut d’autant plus difficle que j’avais terminé premier lors des deux premiers tours de scrutin. Le jeu de la politique étant ce qu’il est, mes adversaires se sont ralliés au troisième tour et j’ai perdu. C’était la chose à faire, et leur stratégie était bien légitime, mais j’ai perdu finalement. Par seulement 11 voix! C’est la démocratie. Mais ça reste difficile à vivre.»

Vous voilà maintenant candidat du Bloc, qui a été presque rayé de la carte en 2011…

Au lancement de votre campagne, Lucie Papineau est venue vous appuyer. L’estrade ce soir-là était élevée, et Mme Papineau a laissé échapper, en y montant: «Mon Dieu! La marche est haute…» Compte tenu que le NPD partait largement favori, l’expression de Mme Papineau se prêtait bien à votre campagne, non?

«Je vous rappelle l’expression À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire… Le NPD est parti avec des points d’avance. Je ne commenterai pas les sondages.

Mais je vous dirai, quand même, que lorsque j’ai décidé de faire cet exercice-là, celui de la politique, je n’ai pas pris ma décision en regardant les sondages.

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J’ai de l’intérêt pour ma collectivité, j’aime la politique, et j’y crois. Parfois, dans la vie, on se demande à quoi on sert. Moi, je crois que le Québec devrait être un pays souverain, et je sens le besoin de faire ma part. Alors pourquoi je resterais assis à regarder l’autobus passer? Pourquoi écouter les sondages? Gagne ou perd, je vais donner tout ce que j’ai à donner. Et on verra bien comment les gens répondront.

Ce qui est merveilleux, c’est que je crois à mon option. Je me sens de plus en plus comme un avocat à la veille d’un procès, quand il sait qu’il a une bonne cause. J’ai envie d’aller présenter mon point de vue et de convaincre.»

Vous rejetez l’idée d’un vote stratégique?

«Oui, je crois que nous avons dans cette campagne un premier défi très important. C’est celui de rejeter l’argument du vote stratégique!

Il faut convaincre les souverainistes que ce n’est pas vrai que ça vaut la peine de voter NPD pour battre Harper. C’est une stratégie fédéraliste, et rien d’autre, tout simplement. Et si on est souverainiste, ce n’est pas une stratégie envisageable.

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Bien sûr, le NPD a surpris tout le monde et balayé le Québec en 2011, mais je ne  crois pas qu’ils puissent répéter l’exploit. Avec Gilles Duceppe, on est capable de causer toute une surprise en rejoignant l’ensemble des indépendantistes du Québec.»

Le Bloc et le PQ se rapprochent

On a vu MM. Péladeau et Duceppe faire du vélo ensemble, on vous entend parler de M. Péladeau comme prochain premier ministre, et on vous a écouté, au lancement de votre campagne, exprimer le voeu que chaque ville soit représentée par deux députés souverainistes. On sent le Bloc et le PQ main dans la main. Croyez-vous qu’il y a un danger à cette association? Que le résultat, s’il ne vous favorise pas, passe pour une sorte de référendum?

«Y’a toujours des risques. Je ne m’aventurerai pas sur la plateforme électorale du PQ dans 3 ans. J’en serai, mais je n’ai pas envie aujourd’hui de présumer ce que pourrait être la plateforme du PQ dans 3 ans. (NDLR: La date probable des prochaines élections au Québec est en octobre 2018.)

Ce n’est pas du tout farfelu de penser que le PQ puisse prendre le pouvoir. Je regarde Pierre Karl Péladeau qui dit qu’il veut un pays pour ses enfants, et c’est de la musique à mes oreilles. Avec un chef qui veut faire cela, on est en affaires.

Donc, on va mettre la table et si on est capable de faire élire des députés souverainistes dans tout le Québec, ce sera encore plus facile à ce moment-là. C’est pour cela que je rêve de deux députés souverainistes pour Saint-Jérôme, un à Ottawa et un à Québec.»

Donc l’objectif, c’est de mobiliser et reconquérir le 40% d’électeurs qui seraient souverainistes?

«On n’a pas à les reconquérir. Ils sont toujours et encore souverainistes. Et dans cette campagne, je souhaite les convaincre d’appuyer le Bloc. Ainsi, en 2018 on aura une structure souverainiste en place.

Vous savez, dans le passé, les fédéraux ont fait peur aux gens avec la souveraineté. Il y a une partie de la population qui dit qu’elle n’est pas souverainiste, mais quand on lui demande si le Québec devrait collecter seul ses impôts, faire ses propres lois et signer ses propres traités internationaux, tout ça sans l’interférence du Canada, ils répondent oui!

C’est dire que la souveraineté est un outil pour élaborer la société dans laquelle on veut vivre. Une société qui nous ressemblera davantage que celle dans laquelle on vit actuellement.

Si on cesse les batailles fiscales sur la santé, l’éducation, et les autres imbroglios fédéraux provinciaux, c’est sûr qu’on ne sera pas parfaits du jour au lendemain.

On ne sera pas plus fins. On va faire des ereurs. Mais on va gérer nos affaires. C’est un outil de travail ça, contrôler nos leviers culturels, économiques et autres.

Y a-t-il vraiment des gens qui sont fédéralistes? Moi je pense que ce sont des souverainistes qui s’ignorent. À nous de leur faire voir la lumière.»

Leur faire voir la lumière, c’est un point de vue naïf ou quoi?

«Certains pourraient dire que c’est naïf…  mais je ne crois pas être naif. Je pense plutôt être optimiste. J’ai confiance dans l’intelligence des gens. Bon, d’accord, l’unanimité ça n’existe pas, il restera toujours des gens qui ne sont pas souverainistes, même dans un monde idéal. Ces gens vont continuer de penser qu’on est mieux au Canada, pour toutes sortes de raisons, et je ne veux pas juger ces gens-là. Ils ont droit à leurs idées et ont le droit de les défendre.

Pour ma part, j’ai la conviction sincère que la majorité des québécois savent pertinement qu’on serait plus heureux souverains. Malheureusement, on sent encore aujourd’hui des hésitations et des peurs.

Sauf que j’ai confiance qu’on va être capable d’avancer. On se libère des peurs et des faux débats. On pourrait, en 2018 ou autour, en arriver à une fenêtre où la souveraineté serait possible. J’en rêve…. On va travailler là-dessus!»

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