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Pour l’amour de Sainte-Sophie

Louise Gallant avoue sans détour qu'elle arrive à Sainte-Sophie «par amour» en 1981. Depuis ce temps, elle y reste pour les mêmes raisons.

TopoLocal a rencontré la mairesse de Sainte-Sophie, Louise Gallant, pour discuter de sa vision de la politique et de l’avenir de sa municipalité.

Dans ce dossier en quatre parties, nous vous présentons:

Élue en 2013, Louise Gallant est la seule femme maire de la MRC Rivière-du-Nord. Sa ville, Sainte-Sophie, compte 15 000 habitants.

Fille adoptive d’un père opérateur de machinerie lourde, sa famille a beaucoup déménagé au gré des grands chantiers. Sa jeunesse se déroule dans des localités que beaucoup de gens n’ont vues que sur une carte: Forestville, Sept-Îles et, pendant 10 ans Labrador City, entre autres. Elle grandit dans des environnements souvent bilingues.

D’ailleurs, elle fera ses études à Terre-Neuve, avant de quitter pour Ottawa où elle occupera des emplois en traduction, notamment aux ministères de l’Environnement et de l’Agriculture. Son métier la mènera à Toronto puis finalement, en 1967, à Montréal.

Sainte-Sophie… par amour!

Quand on demande à Louise Gallant ce qui l’a finalement menée à Sainte-Sophie, en 1981, sa réplique est instantanée. «L’amour!, dit-elle en riant. Mon conjoint habitait alors Saint-Jérôme et nous avons choisi de nous installer à Sainte-Sophie, c’est à partir d’ici que mon conjoint et moi avons monté une entreprise d’inspection en bâtiments. On a eu jusqu’à 24 employés et on travaillait partout au Québec.»

En parallèle, Louise Gallant fait sa marque au ras du sol, dans le travail communautaire. «J’ai toujours cru à l’implication et je faisais beaucoup de bénévolat. À un moment donné, j’étais impliquée avec 14 organismes en même temps. J’étais famille d’accueil et je m’impliquais à cause de mes jeunes. J’avais toujours 5-6 garçons entre 14 et 18 ans dans la maison, alors il y avait de l’action. J’étais impliquée dans les loisirs, d’ailleurs c’est là que j’ai connu un homme qui deviendrait plus tard mon conjoint, Alain Théorêt, qui était directeur des Loisirs.»

Un premier essai en 1993

Elle fait son premier plongeon en politique municipale en 1993, alors qu’elle est candidate à un poste de conseillère municipale dans l’équipe de Jean-Marc Corbeil. Elle subira la défaite et consacrera par la suite beaucoup de ses énergies à La Montagne d’Espoir, un organisme qu’elle dirigera durant de nombreuses années et qui s’est distingué par l’efficacité de son combat contre la pauvreté et l’isolement.

Le milieu des années 1990 est une période chaotique pour Sainte-Sophie. La municipalité a été mise en tutelle par le gouvernement du Québec en 1995, et les contribuables ont reçu une augmentation de taxes de 60%. Dès l’année suivante, le maire Luc Lefebvre, qui était le plus jeune maire au Québec lors de son élection, démissionne.

En 1997, Yvon Brière est élu à la mairie de Sainte-Sophie, et sera réélu trois autres fois sans opposition. En tout, il siégera 16 ans, apportant à la municipalité une stabilité qui lui avait fait grandement défaut avant son arrivée.

L’appui d’Yvon Brière

«J’ai beaucoup appris pendant cette période parce que j’étais l’agent officiel du parti d’Yvon Brière. Je dirais même que j’ai appris énormément. J’aimais bien jouer un rôle de soutien. J’étais confortable en arrière, moi.»

Puis un jour, Yvon Brière lui annonce sa retraite en lui disant que si elle se porte candidate en novembre 2013, il l’appuiera. «Ça m’a fait beaucoup réfléchir, d’obtenir sa confiance. Mais on a quand même hésité beaucoup, mon mari et moi, parce qu’il était à ce moment-là chef de groupe des Travaux publics.» (Tristement, à peine six mois plus tard, le 31 mai 2014, le conjoint de Mme Gallant, Alain Théorêt, est décédé subitement.)

Finalement, elle se lance dans la course et sera élue à la mairie avec toute son équipe, nommée Action Sainte-Sophie – Équipe Gallant. Deux de ses colistiers, Normand Aubin et Linda Lalonde, sont des ex-membres de l’équipe du maire Brière qui renouvellent leurs mandats, et quatre nouveaux candidats, Sophie Astri, Claude Lamontagne, Éric Jutras et Guy Lamothe, sont élus avec l’équipe, qui balaie l’élection. Mme Gallant, avec 55% des voix, a récolté plus de voix que le total combiné de ses deux adversaires à la mairie.

Un dur apprentissage de la réalité

TopoLocal: Vous arrivez au pouvoir après avoir promis de geler les taxes, et vous découvrez tout à coup que vous ne pourrez pas, qu’il faudra les augmenter. Évidemment, vous n’êtes pas le premier parti politique à changer d’idée au lendemain d’une campagne électorale, mais comment vous sentiez-vous?

«C’est une promesse brisée, très difficile à vivre. La responsabilité était la nôtre: on aurait dû venir s’asseoir avec le directeur des finances pour avoir l’information, mais on a fait confiance et c’est comme ça… L’information ne s’est pas rendue, point. Ça ne semblait pas être pertinent pour les gens d’avant – en parlant du conseil précédent. Ils étaient sûrs qu’on était corrects. Il faut aussi dire qu’avec toutes les coupures imposées par Québec, ça n’a pas aidé.»

07052015-CHM_8656Dans les faits, à la suite du premier budget de l’administration Gallant, le taux de la taxe foncière générale à Sainte-Sophie est passé de 0,56$ du 100$ d’évaluation à 0,66$, une hausse de tout près de 17%. La moitié de l’augmentation provient de la coupure d’une subvention versée par Québec, soit le remboursement de la TVQ payée par la Ville sur tous ses achats. L’autre moitié découle en bonne partie d’une augmentation substantielle du service de la dette, engendrée, entre autres, par la construction de l’Hôtel de ville et l’agrandissement de la bibliothèque municipale.

TopoLocal: Croyez-vous que M. Brière ait été trop audacieux ou trop dépensier?

«Il avait l’argent pour le faire, c’étaient de bonnes années pour Sainte-Sophie, la tutelle avait haussé les taxes et il y avait des réserves d’argent. Il a signé de belles réalisations, mais maintenant, il faut se restreindre et couper partout.

Non pas que M Brière ait fait un mauvais travail, au contraire il a lancé Sainte-Sophie dans une bonne direction, mais il faut continuer de le faire avec beaucoup moins d’argent.»

Charles Michaud
Cofondateur de TopoLocal, Charles Michaud a consacré 35 ans ans de sa vie professionnelle à l'information locale et régionale. On peut lui écrire à cm@topolocal.ca.

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